Archive for the ‘Maroc 2015’ Category

et la vie va

vendredi, février 27th, 2015

Re-souk ce matin. Nous explorons un autre itinéraire qui nous fait traverser un quartier que nous ne connaissons pas, AL Najah, où nous découvrons de somptueuses villas. C’est Uccle ou Neully! Nous apprendrons par la suite qu’il s’agit de maisons construites par les marchants de bijoux, d’or et d’argent. Ils ont de l’argent et le montrent.
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Puis nous longeons les nouveaux programmes de construction d’appartments de standing.
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Il nous fallait une boite d’outils minuscules, genre tournevis pour ouvrir une montre, clé à six pans pour resserrer des lunettes… pas trouvé malgré toute la bonne volonté des vendeurs. Notre recherche s’interrompt bientôt, nous sommes vendredi et la vie du souk s’arrête pour une heure ou deux, seuls restent dans les boutiques qui ne sont pas complètement fermées, des femmes, ou des jeunes qui ne se présenteront pas à la grande prière.
Nous en profitons pour faire un tour aux restaurants de poissons, à la porte 7. Une friture copieuse accompagnée d’une salade marocaine et d’un pain de même fabrication nous couteront 76 DAM pour nous deux.
Pas de café pour le moment, nous avons un objectif. La recherche se poursuit dans les dédales du souk. Pas trop grand heureusement, on finit toujours par retrouver la boutique où on a vu quelque chose d’intéressant. Je sais depuis l’an dernier que le juste prix, c’est celui qui correspond à ce que l’acheteur veut donner, et à ce que le vendeur peut accepter, et ce au moment même de la négociation. Il faut aussi tenir compte dde ce que le commerçant met un point d’honneur à satisfaire le client. Mauvais pour l’estime de soi de laisser partir un chaland les mains vides. La négociation du prix est ferme (ta femme, c’est une vraie berbère !) et finalement nous nous laissons pour une fois inviter à prendre un thé – maintenant que l’affaire est faite, ça ne nous engagera pas à autre chose que parler à bâtons rompus avec un nouvel ami. Cet homme nous permet de comprendre certains aspects culturels du mariage et de la vie de famille au Maroc.
En quittant le Souk, nous demandons notre route à un passant qui se révèle etre un flamand d’Ypres. Il nous explique qu’il passe beaucoup de temps au Maroc, et qu’il loge dans une résidence, à prix intéressant et conditions avantageuses et confortables. On ira voir demain.
Un passage au jardin du FOSE (fonds des œuvres sociales des enseignants) pour prendre un jus d’orange au soleil, et nous repartons pour notre quartier d’adoption. Surprise de taille en arrivant près de la mosquée : un mariage passe, du moins un des cortèges traditionnels d’une fête qui commence à peine et durera plusieurs jours, au moins deux. Ce soir, les filles de la famille du marié apportent les cadeaux à la mariée qui est en train de faire son henné. Le cortège bruyant (musique, danses, chants et cris de joie) présente à qui veut les voir les coffres remplis de dattes ou de lingerie, les plateaux chargés de provisions et d’objets divers et finalement, on décharge de la camionnette qui conduit le cortège un gros mouton récalcitrant qui fera les frais de la fête demain. Spectaacle rare pour nous, le premier de notre séjour au Maroc. Mais comme nous ne sommes pas personnellement invités, nous ne publierons pas de photo.

les hirondelles

vendredi, février 27th, 2015

Le hirondelles reviennent quand reviennent les beaux jours. On a annoncé qu’on a vu des oies remonter vers le nord la semaine dernière. Il faut dire qu’ici, le temps est beau, même si quelques heures de brouillard tenace gâchent la vue. La température s’élève (plus besoin de pull le matin) et le soleil cuit quand on s’y expose trop longtemps.
Il sera temps pour nous e refaire nos valises et de remonter nous aussi vers le nord, mais cette fois-ci en quelques heures. Le problème du jour est : comment savoir ce que pèsent les dites valises ». il n’y a pas de pèse-personne dans l’appart loué, il n’y en a pas dans les commerces du coin. Le seul calcul des poids élémentaires additionnés ne donne qu’une très faible indication du poids total du bagage !
On va bien trouver une solution, il n’y a pas de problème (« maka mouchki » dit-on ici), il n’y a que des solutions. En attendant, je trie. Je ne reviendrai qu’avec ce dont je ne veux pas me séparer et je trouverai bien e-un amateur pour le reste. J’ai bien refilé à mon épicier du coin mes bouteilles d’eau vides et propres et il avait l’air enchanté ! Dans une société où la pénurie fait office d’abondance, il n’y a rien qui n’aie de valeur. Sauf peut être deux choses : les bouteilles en verre et les sacs en plastique. À part cela, tout se recycle ici. Témoin ce véhicule rencontré hier soir, qui sans renier ses origines, manifeste une très grande faculté d’adaptation.
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Bon, sur ce je retourne au souk (le grand souk d’Agadir, El Had, où j’espère trouver un jeu d’instruments de précision : tournevis, clés plates, etc, de la taille correspondant à une montre ou une paire de lunettes. On m’a dit que ça existe « pas cher ».

au voleur

samedi, février 21st, 2015

au voleur
Profitant de notre samedi, nous sommes d’abord passés chez l’opticien du Boulevard Hassan II à qui nous avons commandé de nouveaux verres pour mes anciennes lunettes. Puis nous sommes allés à la plage dont nous avons été chassés en début d’après midi, à marée montante, par une tempête qui allait nous transformer, selon l’expression de notre voisine de chaise longue en « rose des sables ».
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Nous avons donc repris lentement le chemin du la résidence, en marquant un arrêt au marché central pour nous renseigner sur les tarifs des objets qui nous tentent avant d’aller les négocier au souk demain. Nous avons profité d’une « promotion » pour faire provision d’épices. A croire que le malheureux vendeur n’avait sans doute fait aucune affaire aujourd’hui pour qu’ils nous jette littéralement sa marchandise à la tête.
Puis nous avons repris l’avenue des Forces Armées pour remonter vers Hay Mohamadi. En chemin nous sommes accostés par une dame affolée qui se plaint qu’elle a crié et que nous ne nous sommes pas retournés. Elle vient d’être agressée par un voleur qu’elle a mis en fuite et nous demande de continuer la route avec nous. Il faut dire que ses cris ont du être couverts par le bruit ambiant, et de toute façon, je ne suis pas sur que nous aurions mieux fait qu’elle. Mais elle se sentait en sécurité en remontant avec nous l’avenue déserte. Nous nous sommes quittés au carrefour suivant, pas du tout persuadé pour ma part que la situation soit si dangereuse, mais je ne suis pas une femme seule. J’aurais tendance à me sentir plus « safe » ici que dans certains quartiers de Bruxelles ou de Charleroi. Est-ce que mon impression de sécurité dépendrait de mon apparence ? En fait, je ne me suis que très rarement senti inconfortable sur ce plan.
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En tout cas, à voir l’importance des déploiements de polices, gendarmerie, douanes, équipes mixtes de sécurité, les malfaiteurs et terroristes en tout genre n’ont qu’à bien se tenir. Les policiers que nous croisons régulièrement sur la route semblent tellement désœuvrés qu’ils nous arrêtent non pas pour vérifier nos papiers, mais pour nous faire la promotion touristique de leur région, et par la même occasion, tester leur français, de qualité irrégulière selon les personnes…

la vallée du miel

vendredi, février 20th, 2015

Après 24 h d’absence pour cause de perte de connexion (mon modem n’a pas apprécié la lessive), nous voilà de retour d’un périple surprenant. Nous avons parcouru la vêlée du miel ou du paradis, et admiré au passage les cascades d’Imouzer (des aid outanane)
160 km de route, mais six heures avec de rares pauses. La route (heureusement rétablie sur toute la longueur) passe du niveau de la mer à 600, 900, 1200 m d’altitude puis retourne au niveau de la mers. Elle est taillée à flanc de montagne avec des pentes signalées, mais sans pourcentage.
Nous naviguons entre ciel et terre avec le spectacle de plus en plus présent avec l’altitude des amandiers en fleur, par versants entiers de montagne passant du blanc de la craie à l’ocre de l’argile. Les arganiers sont partout, et les oliviers font leur place avec des palmiers comme dans les oasis du sud. Dans les altitudes les plus grandes, des résineux remplacent les autres formes de végétation. OLYMPUS DIGITAL CAMERA

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Les guides (routard et lonnely planet) nous ont prévenus : cascade alimentée quand il a plu assez pendant l’hiver. Les gens du cru confirment : quand il a bien plu, il n’y a plus de routes pour que les touristes viennent, quand les routes n’ont pas été endommagées par la pluie, il n’y a plus de cascade pour attirer les touristes.
Nous profitons d’une situation intermédiaire : il y a un peu d’eau sur la chute principale, mais le voile de la mariée est à sec, comme depuis plusieurs années. Et les routes sont praticables, mais parfois reconstituées après les pluies à l’état de cailloux tassés à la va vite pour rompre l’isolement des villages de montagne.
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Nous goutons le miel et avons enfin une explication plus claire de l’exploitation des ruches en rond que nous avons vues dans le désert. Effectivement, les gens récoltent les premiers rayons dans la ruche placée à l’horizontale, sur environ la moitié de la longueur du tube, mais après avoir enfumé l’essaim qui va se coller au fond du tube. Les abeilles restent prisonnières de leur ruche pendant l’extraction des rayons les plus externes. Ceux-ci sont ramassés dans les récipients puis laissés à égoutter pour retirer le miel. Le reste de ces rayons, pressé à la main, donne un miel plus chargé de cire, qui est peu commercialisé.
Ce miel est remarquable tant par sa couleur – très sombre, presque noir – que par son goût : extrêmement sucré, saveur un peu rêche, on sent la figue de barbarie et le thym plus que la fleur d’amandier. Il faut noter que la récolte se fait une fois en juillet, et que les abeilles mélangent donc toutes les fleurs qu’elle trouvent tout au long de la période.
Notons que ce miel est un produit de luxe : il se négocie entre 40 et 300 DMA le kilo, mais certainement pas moins de 150 pour le miel de thym ou de cactus. Les marocains qui en achètent par petites quantités le traitent comme un médicament – qu’il est d’ailleurs, il est souverain contre les maux de gorge.
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tourisme toujours

vendredi, février 20th, 2015

Faire du tourisme, c’est aussi s’intégrer à la population, vivre et rencontrer à notre échelle, les mêmes conditions de vie, les mêmes difficultés, et le résoudre, sinon avec les mêmes moyens, du moins de manière semblable. C’est descendre en ville depuis Hay Mohamadi jusqu’à Taalborj et revenir par les ruelles qui traversent le quartier des amicales en nous arrêtant à un magasin ou l’autre. Et si nous sommes pressés, héler un petit taxi pour arriver plus vite.
Je suis un retraité, et je me conduis comme tel, mais je remarque au passage comme chacun ici a une activité typique :
Les retraités, bien sur, habituellement d’aimables vieillards dont l’âge ne dépasse pas forcément le mien, comme ce professeur d’univ de Sefrou qui s’estimait fort vieux à 64 ans : une attitude posée, des pas mesurés et l’assistance de tout qui a du respect leur donnent un role social.
Les enfants qui reviennent ou vont à l’école nous saluent de leur trois mots de français appris en classe -« bonjour monsieur comment ça va ? » – et seuls les plus avancés sauront répondre à la question suivante – « quel âge as-tu ? ». et les plus hardis s’essaient aux fameux « un stylo » ou « un cahier » qui ont déjà fait couler beaucoup d’encre.
Les ouvriers du bâtiment s’activent du matin au soir, qui à casser un mur de béton – première activité de la construction, abattre ce qui doit être remplacé – qui à remonter des sacs de sable et de ciment du niveau rue à celui du troisième étage avec une simple poulie et un câble de nylon – qui à cimenter le mur construit, perché en équilibre sur une poutre accrochée à six mètres de hauteur.
Le petit épicier gère l’affluence des clients de 18h00, quand la vie reprend dans le quartier, entre les ménagères pour les derniers légumes et les jeunes qui réclament leur barre chocolaté, leur cigarette ou leur pot de yaourt… et certains à crédit !
Le marchand de sardines qui remonte du port en criant sur son passage « poisson, poisson ! » Ses sardines sont fraiches, à peine sortie de l’eau, bien enveloppées d’une couche de glace pilée. Bien sur il ne faut pas tarder à les acheter, je ne sais pas comment seront ce soir celles qu’il n’aura pas vendues…
Les filles vont à l’école, ou faire les courses pour leur maman. Jusqu’à l’âge où on pense qu’elles doivent être mariées, et alors, elles se voilent, se cachent et attendent gentiment le mari choisi par la tribu, à moins qu’elles ne réussissent à se sentir libres et à se comporter comme celles de chez nous. Et alors elles ne sont ni moins ni plus belles que les autres, peut être un tout petit peu plus élégantes en permanence, sous la pression des regards.

sud-nord

jeudi, février 19th, 2015

Hier soir (enfin, mardi soir), le vent s’est levé dans le sud. Nous avons vu notre camping d’Elouatia se remplir de toute sorte de véhicules, et certains retarder leur départ. Associé à la – presque – marée du siècle, ce vent en a découragé plus d’un de prendre la route tant la prise au vent de certains véhicules rend la conduite dangereuse. Je n’étais pas là pour voir le comportement de ces camions qui transportent, en plus de leur volume normal, une deuxième hauteur de chargement enveloppée d’un filet, portant la hauteur totale du véhicule à 6 m à l’estime, comme on en voit tant dans la région.

Le vent a soufflé toute la nuit. Dépourvu de moyen de mesure, et n’étant pas capable de vérifier par moi-même -je ne parle pas l’arabe- auprès des personnes compétentes, je serais bien embarrassé de vous donner un chiffre. Mon seul moyen de mesure sera la couche de poussière/sable ocre qui a recouvert la voiture que nous avons garée devant notre porte, et aussi celle qui a recouvert notre valise placée non loin de la fenêtre de notre chambre (fenêtre fermée, je précise).

Fait notable, avant que le vent ne se lève, les employés du camping ont arrosé abondamment toutes les plantations de palmiers, au point que je n’avais plus d’eau pour ma douche ! Je ne suis pas sur qu’il y ait un lien de cause à effet, mais peut être. Ce vent était extrêmement desséchant.

Nous avons donc pris la route sans histoire vers 9 heures, pour arriver sans encombre à Agadir vers quatre heures. Plus de 7 heures de route, pauses comprises, pour un bon 350 km. Tout le trafic vers la grand sud (Laayoune, Dakhla) est à ce régime.

Sur la route nous avons marqué un arrêt dans le café où nous avons pu à l’aller visiter la ruche d’un vieux berbère. Non que le café vaille la peine (c’est juste du Nes) mais nous voulions « interviewer » le vieux pour comprendre comment il récolte son miel. Comme le jeune parlant un peu espagnol n’était pas là, la discussion était ardue, mon lexique franco marocain ne donne pas beaucoup de détails apicoles dans les deux langues. Mais un passant s’interpose, le français est loin d’être sa langue maternelle, mais il réussi à devenir notre « truchement » – je n’oserais pas appeler ça un interprète – pour nous faire comprendre que oui, le vieux découpe l’intérieur de la ruche pour récolter son miel, mais non, l’essaim n’est pas détruit : il chasse les abeilles (dont la reine, la « mère » des abeilles) vers le fond du tube et a ainsi une chance de conserver son capital, au prix semble-t-il de pas mal de piqures contre les quelles il se prétend immunisé. Je n’ai pas vu le miel, mais il doit être assez foncé, mêlant cire et quand même quelques cadavres de « soldats » au nectar couteux qui en sort. Le miel est ici plus cher que chez nous. Je comprends pourquoi.

A la suite de quoi notre passant se fait transporter jusqu’à Guelmin, sur notre route, en récompense des importants efforts fournis!

tourisme

mardi, février 17th, 2015

Bernard de Rudder m’a devancé sur ce coup en écrivant
« Voyager, pour moi, c’est sans doute davantage choisir un endroit et m’y installer. Je sais alors que les choses vont venir à moi. Je deviens comme une sorte d’habitué, quelqu’un de reconnu par le mendiant ou la blanchisseuse du coin. Courir à droite et à gauche ne me convient pas ; je n’y verrais que des monuments et ce que tout le monde est en charge de voir, et je n’y vois pas ce qui à mes yeux constitue l’essentiel, la vie des gens, en me permettant de découvrir les lieux avec le plus respect possible. »

Je ne le répèterai donc pas, puisque c’est dit quasi comme j’aurais pu l’écrire, et je commenterai plutôt ma visite à l’Oued Chbika, ce qui me permettra de mettre en valeur un autre aspect de ma propre attitude touristique. Voyager, c’est aussi changer de lieu, et donc de paysages. Ici, c’est le désert. Je pensais l’avoir abordé à Elouatia, je me rends compte qu’il est encore plus ici, à cette embouchure d’un oued encore humide des dernières pluies, et fleuri de tout ce que la terre garde parfois plusieurs années enfoui, pour le faire jaillir au moment propice : les fleurs.
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« Le désert refleurira », c’est bien une parole d’homme du désert, qui sait que le sable garde les trésors auxquels la stérilité des lieux interdit de se montrer. Mais quand c’est le jour – c’est aujourd’hui, et encore pour quelques jours/semaines – alors, c’est une féérie de toutes sortes de vies qui s’épanouissent.
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Il n’y a pas de soleil, et la mer est agitée. Ce sera une marée exceptionnelle aujourd’hui, on n’est pas encore à l’équinoxe, mais le coefficient de marée sera de 118. Je suis ravi de contempler ces lieux qui me ramènent dans le Sahara de l’autre coté au sud de la Tunisie, où, sans la mer, nous avons marché sur le sable des dunes. Le spectacle de cette nature victorieuse est impressionnant.
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Un groupe de camping cars stationne un peu plus loin. Des amateurs de pêche qui viennent ici attirés par les falaises : le plateau domine les flots de 20 ou 30 mètres et c’est leur plaisir de lancer leurs lignes. Ils nous font partager une merveille : au bord de l’oued, une source chaude jaillit relativement abondante.
Nous n’irons pas jusqu’à Laayoune, ces 30 km nous ont déjà montré tant de choses, et le temps n’est pas propice au voyage. Pourtant, le long de cette route désertiques, un homme attend, à ses pieds un sac contenant probablement des marchandises à vendre. D’où vient-il pour se trouver là, à « mille milles de toute région habitée » ? Peut être pas de si loin. Une piste quitte la route pour s’enfoncer entre les cailloux et conduire probablement à son village, sa maison. Même dans ces terres qui semblent si inhospitalières, des hommes ont pu s’établir.

désert ?

dimanche, février 15th, 2015

Nous sommes donc à Tantan plage, et nous avons déserté les Sables d’or pour le camping Atlantique qui nous offre plus de place un meilleur confort, même s’il nous manque la TV en français. La concurrence est « féroce » entre les professionnels du secteurs de l’hôtellerie, tant les voyageurs sont rares cette année. Il semble que l’alerte mise par la France sur la situation au Maroc ait fait de gros dégâts dans les réservations et les voyages. On ne trouve réellement que les habitués, des anciens qui viennent ici depuis 10 ans et que rien n’effraie. Même s’ils n’ont pas compris ni accepté ce peuple et ce pays, ils s’y retrouvent avec plaisir. « il fait froid ou chaud ce soir ? » « on ne sait pas, tantôt trop chaud tantôt trop de vent, c’est le Maroc ! »
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Il nous reste à passer au marché faire nos courses. Nous y croisons ce jeune couple qui voyage léger : une mobylette pour deux, deux minuscules sac à dos, et surement la plus petite tente qui puisse exister, sauf s’ils font du couch surfing, ce qui leur ressemblerait beaucoup. Mais il y a très peu de ce genre de touristes. La majeure partie sont des camping caristes saisonniers, d’âge plus que respectable, même par rapport au mien. Le weekend, une Mercedes haut de gamme vient de Rabat pour faire faire à ses occupants un plongeon dans leurs origines.
Nous allons faire un tour le long de la mer. Le sable est par endroit blanc pur (la plage blanche n’usurpe pas son nom). Au milieu des galets ou des affleurements de tables calcaireqs qui signalent la plongée de l’anti Atlas sous les eaux de l’Atlantique, là où l’oued Draa rejoint la mer , il y a aujourd’hui quantité de fleurs extraordinaires, qui n’y apparaissent pas d’habitude. Il a plu cette année, trois jours au moins depuis décembre. On voit bien les traces des mares qui se sont formées sur le sable, là où maintenant la verdure de plantes halophiles s’épanouit en grandes taches claires.
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Désert, ce pays ?
On sent bien le désert qui ressemble à celui des oasis de la haute vallée du Draa que nous avons vue l’an dernier quand on voit les gens, les maisons, et même ces équipements publics insensés : d’immenses portions de routes goudronnées, larges comme des boulevards, bordées de trottoirs comme quasi aucune ville n’en possède, et qui ne semblent mener nulle part, sinon a de gigantesques rond points sans aucune indication de direction. Il n’y a plus comme dans les environs d’Agadir et la vallée des arganiers, des troupeaux de chèvres gardés par une silhouette brune qu’ on pourrait prendre pour un rocher s’il ne s’avançait à la suite de son troupeau. On ne voit plus de petits champs clôturés par des rangées de cailloux entassés pour protéger de maigres cultures dans une terre labourée à l’araire tirée par un petit bourricot. On ne voit même plus de champs de cactus raquettes, que les gens plantent maintenant un peu partout pour extraire cette fameuse huile de cactus qui va détrôner l’huile d’argan cosmétique pour ses vertus curatives. Non, en dehors du ports sardiner d’El Ouatia et des quelques rues de l’agglomération il n’y a rien dans un paysage désertique, brun et ocre, écrasé sous le soleil et balayé par le vent du nord venu de l’océan.

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Demain nous irons jusqu’à l’oued Chbika pour voir les dunes de sable qui rappellent, nus assure-t-on, celles de l’erg Cheby à Merzouga.

grand sud

vendredi, février 13th, 2015

Ce soir nous pensons quitter sidi ifni pour aller voir ailleurs, plus bas sur la carte, plus près du soleil et des plages de sable blanc (la plage blanche ?) Nous nous arrêtons dans un café près de la plaza de España (pardon, la place Hassan II) et nous interrogeons le patron. Il est peu disert, et s’exprime en français surtout dans le domaine de son travail. Mais peu après il nous présente un de ses clients qui passait et qui lui, nous drive avec enthousiasme sur ce qu’il faut voir dans le sud. Il nous entrainerait jusqu’à Dahkhla 1000 km plus au sud, quasi en Mauritanie, si on écoutait ses descriptions des merveilles qu’il y a à découvrir. Mais il ajoute qu’il faut pré »voir un mois pour passer partout. L’an prochain, peut être, inch’alla ! Un marocain de sidi ifni, mère espagnole, un métier qu’il a conquis pas à pas, et une expérience assez unique : lors inondations, il a participé pendant 8 jours comme conducteur d’engins au dégagement de la route qui relie Sidi Ifni à Tiznit, passant du bull au camion, par manque de personnel qualifié : tout le monde était coincé de l’autre coté de l’oued.
Nous l’écoutons – un peu – et nous partons ce matin en direction de Tan-Tan. Mais avant le départ, je fais ma première expérience de sanction policière. Nous quittons la banque ou je viens de changer quelques euros pour la route, un policier nous arrêté, se rend compte que je n’ai pas encore bouclé ma ceinture ; 300 Dirhams d’amende. La journée commence très mal.
La route de Guelmine s’ouvre devant nous, les montagnes pelées que nous avons vu l’an dernier sont vertes jusqu’au sommet. Les traces de la crue sont encore là, mais partout la route est suffisante pour passer sans problème. « Maka mouchki », comme on dit ici. Les nombreux camping cars qui vont dans le même sens nous aident à les dépasser, et nous sommes en fin de matinée à Guelmine. Nous en faisons le tour, le gps marocain nous met assez vite sur le bonne route, toujours la nationale 1 qui est ici en travaux d’élargissement.
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Nous faisons une pose au bord de la route pour prendre un café dans un magasin seul à des km de tout lieu habité (dirait-on, mais ici il ne faut jurer de rien). Le café est seulement passable (c’est du lyophilisé), mais nous avons la chance de rencontrer un vieux qui nous entraine pour voir quelque chose que nous ne savons pas nommer « ‘sel ». de l’autre coté de la route, un enclos de pierres sèches et au milieu, la surprise : des ruches comme on le fait ici : un tube de canne tressée, enduite de paille et de bouse, avec un couvercle de paille. Il en a aligné ainsi une trentaine, les abeilles tournent autour et y rentrent. Je ne me hasarderai pas à les approcher, il me le déconseille d’ailleurs. Ces abeilles sont sauvages, très noires et assez grosses.
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je ne demande pas comment il récolte le miel, ses explications ne me seraient pas accessibles, ais je devine vite : la récolte se base sur la destruction de la ruche, après je l’espère la mise en fuite des abeilles qui veulent bien partir. Le renouvellement doit se baser sur les essaimages pour assurer le renouvellement des ruches occupées. Mais ça doit marcher. Miel de cactus le plus réputé, et le plus rare. Les abeilles ont à leur disposition des champs entiers plantés de cactus raquette qui donnent le figues de barbarie dont on tire une huile qui est en passe de détrôner l’huile d’argan en cosmétique.
Ce soir nous logerons au camping des sables d’or, après avoir fait un tour dans une petite ville du désert, concentrée sur deux rues avec des magasins d’ici. À 400 m de l’océan : le camping donne sur la plage.

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sidi ifni

jeudi, février 12th, 2015

Nous avons passé quelques jours ici l’an dernier : c’était notre premier contact avec le Maroc de l’intérieur, bien que cette ancienne ville espagnole toujours marquée d’un coin d’étrangeté se réclame d’une identité propre. Les couleurs d’abord, qui évoquent les juifs marocains, quoiqu’ici il n’y ait pas de mellah. Mais le bleu est aussi et surtout la couleur du Sahara. C’est ici que nous voyons les premières gandouras bleues ornées d’une broderie brune particulière autour du col, différente de toutes les autres.
Le marché au poisson bat son plein quand les bateaux rentrent. Comme il n’y a pas de pêche de nuit – les barques ne sont pas éclairées, l’océan est trop dangereux – les pêcheurs sortent de jour et la « criée » a lieu plutôt l’après midi. Les légumes sont disponibles à toute heure, les femmes viennent en fin de journée aussi exposer les moules – décortiquées – qu’elles ont ramassées à marée basse.
Nous faisons le tour de la ville. Dès notre arrivée nous avons vu une partie des ravages causés par l’oued cet hiver, en même temps qu’à Gelmine on déplorait 23 morts, ici les dégâts ont été principalement matériels, mais considérables. Nous en parlons avec une jeune femme qui nous explique qu’elle n’a pas ouvert son restau cette année ; les vacanciers sont rares, les campings dévastés ne permettent pas les longs séjours, elle a perdu 18 moutons lors de la crue (elle habite en ville basse, le long de l’avenida de la playa) mais a pu sauver les chevaux. La nuit de l’inondaton,elle a cru un moment que le barrage avait « pété », mais ce n’était que l’accumulation des eaux dans la vallée-vers la mer. L’oued retrouve toujours son chemin, dit-elle.
Si la couche de boue brune a été écartée de la route, si la circulation a été rétablie, les problèmes ne sont pas résolus pour autant : le pont emporté n‘a pas été reconstruit, les égouts ne fonctionnent plus (l’odeur persistante qui noie le bas de la ville en témoigne) et deux des trois campings qui bordaient l’oued sont désaffectés, alors que le dernier, el barco, où nous logeons, est à moitié vide contrairement à l’habitude.
Une année pénible sera vite passée, même si des emplois ont été supprimés, même si les recettes ne permettront pas de couvrir les investissements, mais qu’en sera-t-il quand les espaces envahis par l’oued seront de nouveau occupés, si les orages se renouvellent, si l’entretien des passages dans la vallée n’est pas mieux conduit, si la marée empêche de nouveau l’évacuation des grandes eaux vers le large ?
Quand on manque de prise sur un plan général de protection des infrastructures, que faire d’autre que de se remettre au travail et d’espérer le mieux, inch’alla ?