Archive for the ‘famille’ Category

un pèlerinage

mercredi, février 4th, 2015

un pèlerinage
Aujourd’hui départ pour Taza sous une pluie battante. Les mois un et deux, même trois, dans le nord du Maroc, et surtout à l’intérieur du pays, c’est l’hiver. Route sans histoire, puisqu’il y a assez peu de circulation, et ce malgré les menaces d’aquaplanage assez redoutables. Nous arrivons sans encombre au centre d’une « petite » ville de 120.000 habitants, assez moderne et passe partout.
L’hôtel Dauphine (ou Dauphiné, selon son fondateur, un français du nom de Blache ?) porte la marque de son ancienne grandeur. Avec le défunt clocher de l’ancienne église, c’est l’un des derniers signes de la présence française ici.
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Nous rencontrons -si c’est un hasard, il est bien venu – un Monsieur Paul qui vient recenser, au nom de l’amicale des tazis, les tombes de l’ancien cimetière français dont la mairie tente de faire l’acquisition, car il se trouve maintenant en plein centre ville. Né ici en 1937, ce monsieur y est resté jusqu’à la fin du protectorat, ce qu’il appelle les événements. Ceci explique qu’il s’exprime aussi facilement en arabe qu’en français. Son père était militaire au 4ème RTM, qui semble le régiment mythique de la région. Je suis bien incapable de dire à quel régiment pouvait bien appartenir mon grand-père, qui était reparti avant la construction de l’église et probablement de l’hôtel Dauphiné. Le seul témoin des années révolues est la CTM qui, fondée en 1919, a pu servir à l’occasion à Gimaman si l’armée n’a pas assuré tous les transferts.
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Aucune trace des casernements de l’armée française, ni bien sur d’un quelconque hôpital datant de ces jours antiques autant que glorieux. Ma recherche me conduit à demander, et obtenir avec une immense gentillesse de la part des habitants, la localisation du dernier témoignage des européens chrétiens dans la ville : une petite maison – maison de la paix – abrite deux religieuses espagnoles et deux congolaises. Nous sommes accueillis par une joviale petite vieille dame qui nous conte l’histoire toute récente de la ville. Mais de témoins de la période « coloniale », aucune trace.
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Je repartirai donc demain en ayant honoré la mémoire de ce paradis perdu – qui n’était finalement qu’une prison dorée pour ma mère et ma tante – et en rêvant à ces européens qui se sont crus chez eux et dont il ne reste que de rares pierres tombales à l’abandon depuis soixante ans.

kino

jeudi, juillet 2nd, 2009

Samedi dernier, j’étais à Melin pour une soirée exceptionnelle a l’atelier RAM-DAM

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Je n’ai pas prolongé ma présence assez longtemps pour profiter de la soirée, parce que nous avions la garde de notre petit fils, qui n’est pas encore en âge de passer la nuit à faire de la musique.

Mais j’ai mis à profit mon après midi pour visiter un coin du jardin tout à fait de saison, et dont voilà le produit :

Cerises

 

De quoi me ramener quelques dizaines d’années en arrière, à une activité que j’ai beaucoup pratiquée à Hourdax. Parmi les invités, j’ai remarqué la présence d’un groupe bien connu par ailleurs, signalé par la présence du véhicule que voici : kion busMais quelle n’a pas été ma surprise en me rendant compte que ce noble véhicule a une origine qui me rejoint au fond du cœur

Plaque 32

Pour ceux qui l’ignoreraient, le département « 32 », c’est le Gers, cœur de la Gascogne, chef lieu Auch.

Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.

un veilleur

mardi, juin 2nd, 2009

Depuis que ma fille fait ses bagages pour s’envoler de l’autre coté de l’atlantique, elle allège ses possessions au strict minimum, (23 kilos par personne, ça fait pas beaucoup) quitte à laisser derrière elle quelques traces chargées de signification, pour autant qu’elles soient entre de bonnes mains.

Ainsi en est-il de Joon qui doit cette semaine faire la connaissance de son nouveau « Home ». Il faut dire qu’après 12 ans passés dans un petit appartement, terrorisée à l’idée d’en sortir pour affronter l’inconnue d’un jardin ou d’un semblable, cette pauvre chatte  trouvera sûrement plus de sécurité en changeant de patronne qu’en s’attachant à sa maîtresse de toujours. Il faut parfois faire des choix difficiles.

 

Une autre trace qui restera en Belgique, c’est celle-ci :

 

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C’est de cette façon que la simplicité volontaire fait son chemin, élaguant le « superflu » pour se consacrer à l’essentiel, elle ne condamne pas les traces importantes à l’oubli, il suffit juste de leur trouver un autre usage.

C’est ainsi que le gnome a trouvé son poste. Il va désormais surveiller le domaine de choppinsart, attirer sur lui les bonnes grâces des éléments et de mère nature, et recueillir à notre avantage une puissante charge affective. Il consacrera ainsi la vocation d’accueil de la future maison de Cerfontaine pour tous ceux qui connaissent son origine.

 

L’essentiel

samedi, octobre 4th, 2008

A force de vouloir éliminer l’accessoire, l’essentiel se fait rare.

Et en fin de compte, l’essentiel ne serait-il pas ce qui fait le quotidien, plutôt que « le jour où… » ?

Alors des essentiels, dans ce sens il y en a eu tant que je ne sais plus par lequel commencer.

Peut-être par un chiffre : 8.
avec la naissance de Camille
迦実 (kamii), après celles (en remontrant dans le temps) de Cloé, Anna, Mael, le nombre de mes petits enfants est passé en cette année 2007-2008, de 4 à 8.

Je trouve ça très symbolique. Avec ce chiffre, la première génération du 21ème siècle égale en nombre celle qui la précède : mes quatre enfants et leur compagnes/compagnon sont aussi 8, de la même façon que mes frères et sœurs et moi-même, soit six, avec nos compagnes/compagnons, 12, avions donné à Papy et Maman Renée 12 petits enfants.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’essentiel à mon sens ce n’est pas le chiffre, ce n’est même pas la personne unique de chacun de ces tout petits : c’est ma surprise de constater que mes enfants sont à leur tour des parents, et qu’ils sont excellents dans ce rôle.

Je ne les y avais jamais imaginés, je n’aurais pas songé u n instant à les former dans ce sens. D’où ma joie de constater que la vie suit son cours avec sérénité, comme un long fleuve tranquille ( ?!).

Jour après jour, génération après génération, tous différents, et pourtant tous reliés par cet invisible fil de la vie, dont j’espère que vous savourez la puissance et la richesse.

Première ligne

mardi, août 21st, 2007

 Depuis le mois dernier, et le départ de la dernière personne de sa classe d’âge, juste supérieure à la mienne, je me rends compte que ceux que j’avais l’habitude d’entendre désigner comme les « enfants Choppin » se trouvent être devenus les ancêtres de la tribu. J’en suis. Et c’est cette conscience d’être un signal aux yeux de certains qui me pousse a prendre « la plume ». Mais je veux d’abord laisser la place ici à plus sage que moi.

La lettre que nous avons reçue de la part de Maman, maman Renée, Renée-maman, Mamanée, quelque soit le nom sous lequel nous la connaissions, est pour nous et les générations suivantes comme un repère, un condensé d’une histoire à laquelle nous avons participé tous plus ou moins, un exemple d’un style de vie et de communication qui contient plus que ce ne disent les mots.

Voici ce que j’ai lu le mardi 31 juillet en revenant de Valognes

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Le 28  juin 1989 

J’ai 81 ans, je m’adresse à vous tous mes enfants, six nés de l’amour que Robert et moi nous sommes porté, et les six autres reçus par choix et par amour.

Je souhaite vous dire certaines choses avant que mon cerveau et ma main ne soient devenus trop déficients, des choses qui n’ont jamais été vraiment communiquées, que j’ai simplement essayé de vivre devant vous.J’ai eu une vie heureuse, une enfance sage, peut-être des contraintes, mais de l’affection autour de moi, une adolescence assez libre.

J’ai rencontré Robert par l’intermédiaire des cousins Barthe, nous avons eu confiance l’un dans l’autre et , s’il y a eu parfois des heurts, l’un dans l’autre, ni lui ni moi n’avons jamais regretté le « oui » qui nous avait engagés l’un à l’autre.

La guerre a été un moment difficile ; la séparation, puis après le retour de Robert, le changement de vie, des essais dans l’agriculture, à Mendousse puis à Mestrejouan. Finalement, nous avons pu arriver à trouver ici un équilibre assez satisfaisant. Après les privations subies pendant la guerre et l’après guerre, la vie s’est organisée à Auch il y a maintenant 39 ans et demi.

Il y a eu d’autres périodes pénibles, la mère de Robert (qu’on appelait « mère ») a été frappée de paralysie alors que Marie-Paule avait tout juste huit mois, et elle est restée infirme 17 ans. Maman aussi a du venir chez nous quand Paule ne pouvait plus s’occuper d’elle à Millade.

J’ai été heureuse en 1955 de pouvoir travailler chez maître Lacaze, ce qui apportait un complément pécuniaire fort utile et en plus me donnait des contacts avec un monde extérieur dont j’avais toujours été un peu éloignée.

Comment avons-nous conduit notre vie ? Nous avons sûrement commis des erreurs. En éducation ? Dans l’organisation matérielle ? Dans ce que je pourrais appeler les affaires ? soyez pourtant persuadés que nous avons voulu toujours agir (avec) franchise, en essayant de ne rien imposer qui ne soit pas réellement accepté par vous. C’est dans le même esprit que je ne veux donner aucune consigne pour le partage des biens que je laisse après moi. Les biens immobiliers vous appartiennent déjà. Sans doute devrez-vous vendre Hourdax. J’espère que le souvenir en restera précieux dans votre mémoire et celle de vos enfants.

Quant aux meubles, objets, bijoux et argenterie qui pour la plupart m’appartiennent en propre, je ne sais vraiment pas comment les distribuer. Je vous laisse donc le soin de vous les partager selon vos goûts, en souhaitant que le partage n’entraîne ni dispute ni acrimonie.

Mon plus vif désir, c’est que l’entente continue à régner entre vous. Ma plus grande jouie, c’est de constater que vous arrivez à passer par-dessus les différences pour que les rencontres soient animées de bonne humeur et de véritable convivialité, grâce à la bonne volonté de chacun.  

Pour moi, je ne sais pas comment je serai quand je vous quitterai. Robert m’a quittée après seulement quelques mois de maladie, sans véritable déchéance physique longue. A l’heure actuelle, je pense à l’éventualité de mon départ avec assez de sérénité. Je sais qu’il est inéluctable.

La vie m’a apporté beaucoup de bonheur, j’ai été privilégiée. Je conserve la foi que j’ai reçue ans mon enfance, j‘ai eu beaucoup de périodes de doute, je suis toujours revenue vers le Seigneur. Je lui demande de me faire la grâce de continuer à Le chercher jusqu’à ce que je Le rencontre.

Maman Renée

Chaque ligne évoque des choses que nous savons: si elles n’ont pas été dites en tant que telles, elles ont été évoquées, vécues. Pourtant l’essentiel reste caché, les joies affirmées comme les peines effleurées sont sous-jacentes. Les mots racontent des faits, affirment des valeurs et laissent à peine transparaître la vie qu’ils évoquent.

J’aimerais que cet essentiel puisse ressurgir de la mémoire de chacun de nous, les Choppin, pour que ceux qui ne savent pas encore puissent apprendre, comprendre et évoquer ce qui nous rend nous-mêmes.

Mon épouse comme mes belles soeurs disent parfois que les Choppin sont taiseux, même si elles ont réussi à décoder beaucoup de nos silences. D’ailleurs le silence n’est pas une volonté de cacher ce qui me traverse, seulement le constat de mon incapacité (naturelle, acquise?) à exprimer des choses qui ne sont pas du domaine de la discussion rationnelle. Je crois avoir acquis au fil du temps une partie de ce vocabulaire qui permet de partager l’essentiel, je ne suis pas le seul sans doute.

J’aimerais que ces pages soient, entre autre, une occasion de rendre vivant ce qui se cache sous les mots, dans les silences, derrière les fuites et les absences, un espace ouvert à « l’entente » à laquelle nous sommes invités, pour « nous rencontrer dans la bonne humeur et la convivialité, passant avec bonne volonté par dessus les différences ».

Nos différences ne sont-elles pas une source de richesse, peut-être bien notre seule richesse?