Archive for janvier, 2017

Développement

lundi, janvier 30th, 2017

L’Inde est-elle à classer dans les pays développés ou sous-développés (pardon, en voie de développement) ?
La question reste un mystère pour moi.

L’Inde a son satellite, donc son lanceur, fusée spatiale de grande portée, elle a une industrie certes fragile et dépendante, mais importante, une population dont une part a un pouvoir économique qui dépasse largement les frontières (Mittal, Bata, Tatta), dont une autre part a un renom dans des spécialités aussi pointues et innovantes que l’informatiques, la santé.

Pourtant le nombre d’indiens qui vivent de façon précaire, sous le seuil de pauvreté et même sous le seuil de survie alimentaire et impressionnant et désespérant. Les infrastructures collectives sont terriblement insuffisantes ou même inadaptées, l’hygiène, pourtant une valeur immuable de la civilisation indoue, déficiente.

Selon les normes occidentales, l’Inde est sous développée ; mais le modèle de développement de l’occident est-il universel, le seul admissible ? la population indienne est industrieuse, travailleuse, en permanence occupée à une activité sinon lucrative, du moins productive. Quiconque ici a tant soit peu d’initiative perce à sa façon, améliore son cadre de vie et celui de sa famille, l’avenir de ses enfants. La technicité des personnes dans leur ensemble ne cède rien à celle des jeunes de nos pays. Le tamil Nadu a mis en œuvre en un an de temps une politique « zéro plastic bag » dans les commerces de rue, on voit déjà les effets dans les campagnes et les égouts, le plastique recule.

Reste d’autre sources de pollutions et les aberrations climatiques de ces dernières années ne favorisent pas l’hygiène : les égouts ne se vident pas, les rivières sont à sec parce que la dernière mousson n’a pas apporté d’eau. Puiser dans les nappes phréatiques de plus en plus profondes exige l’emploi de matériel plus puissant que celui utilisé habituellement, et sachant qu’ici on ne jette pas, on ne casse pas, on ne remplace pas, on répare toute machine qui peut fonctionner, le renouvellement des équipements est difficile.

Culturellement, la notion de collecte des déchets est balbutiante. Il existe dans les grandes villes des services de ramassage, mais le reflexe qui consisterait à jeter un déchet non pas à terre, mais dans une poubelle est à des lieues du fonctionnement machinal des indiens. Il y a des entreprises qui valorisent les déchets recyclables : papier, cartons, bouteilles de verre ou de plastique. (Pour les canettes, je ne sais pas, mais la consommation reste confidentielle). Il y a des quartiers, comme celui où nous nous trouvons en ce qui concerne le matériel de reproduction audio : lecteurs, enregistreurs, hautparleurs, dont la fonction consiste à collecter les appareils qui ont perdu leur capacité d’utilisation, les désosser, les reclasser, les remonter et les remettre en service pour une seconde, troisième, énième vie.

Certes, le développement de l’Inde n’est pas celui de l’Occident, mais correspond bien à la volonté de Gandhi de donner à chaque village les moyens de son autosuffisance au moins pour la nourriture et l’habillement. Ce qui cadre assez bien avec les principes de l’indouisme : ton karma te suivra où que tu tentes d’aller, donc si tu es né pauvre et dans le besoin, c’est que tu as quelque chose à apprendre ou à expier, soumets-toi à la volonté divine, fais le bien et ta prochaine incarnation te favorisera d’un sort plus léger. Peu nombreux sont finalement ceux qui se révoltent contre cette loi.

Gandhi disait déjà qu’il est immoral de dissocier la politique de la religion. Même sans la foi, la religion gouverne les actions de l’homme, détermine sa vie, son avenir et celui de ses enfants.
« Rien ne doit changer dans l’Inde éternelle ? »

Ma réflexion se développe dans le cadre d’une partie du Tamil Nadu : Mamalapuram, Pondichéry, Madurai. Qu’en est-il de Bengalore ? Qu’en est-il de Bombay, de New Delhi ? Aurais-je écrit la même chose l’an dernier au Kérala ? L’Inde est un (sous-)continent, un homme sur cinq est indien.

Ghandi Museum

lundi, janvier 30th, 2017

Ghandi Museum

Un rickshaw nous amène directement à travers une circulation intense et totalement indienne, jusqu’au Musée Ghandi, un fleuron de la cité de Madurai, logé dans un palais colonial du dix-huitième siècle, inauguré par le fidèle Jarawalal Nehru à la mémoire de son idole le Mahatma Ghandi.

Totalement consacré à l’indépendance indienne dont nous avons fêté il y a trois jours le 69 ième anniversaire, il nous présente en deux volets d’abord le parcours sur deux cents ans de la colonisation à l’indépendance, puis le symbole de cette lutte, Mohandas K Gandhi, connu sous l’appellation passionnée de Gandhiji, plus affectueusement « Bapu », grand père.

Le premier siècle de l’installation de la domination britannique sur les Indes et le fait de la compagnie des Indes, entreprise commerciale du genre de nos multinationales actuelles, dont le seul but est de faire du profit, plus de profit, encore plus de profit sans se soucier de la pérennité de l’entreprise et des destructions que cet acharnement provoque sur les potentialités de la colonie et le bien être des peuples qui l’occupent.

Au bout de 100 ans, pour éviter la banqueroute à la compagnie des Indes, l’empire britannique reprend à son compte un continent exsangue, unifié certes, mais ayant perdu toute capacité industrielle, toute richesse agricole, toute identité culturelle. Le sort des indiens ne s’améliore pas pour autant, les lois d’exploitation coloniale sont en place et difficiles à modifier, tant les européens, imprégnés de racisme à l’égard des « coolies », sont persuadés du bienfondé de l’autorité qu’ils sont parvenus à établir à leur unique profit.

La lutte des intellectuels indiens, Rabindranat Tagore, Sri Aurobindo, soutenus par quelques européens – madame Blavatski, Lord Home, aboutit à la formation du parti du congrès qui représente, malgré l’inégalité des forces en présences, les aspirations de l’Inde à l’autonomie.

Porte drapeau du parti du Congrès, Gandhi, par quelques actions spectaculaires, dont la désobéissance civile, la marche du sel, le boycott des produits importés d’Angleterre, parviendra à secouer puis à déstabiliser la bonne conscience britannique.

L’action de Gandhi, somme toute plus religieuse que politique, se heurtera à la résistance de la société, que ce soit lors de la partition de l’Inde sur l’insistance de Jina, créateur du Pakistan, ou à propos du sort des intouchables, les Harijans, « enfants de Dieu », qui ne seront admis que du bout des lèvres dans les temples hindous après 1948. Son assassinat fait de lui un martyr et le culte de sa personnalité permet depuis bien longtemps de dissimuler les dissensions qui demeurent dans la société indienne, entre élites de différentes origines, de différentes convictions, d’orientations politiques ou religieuses opposées, mais pourtant contraintes de travailler ensemble à la bonne marche de ce pays, pour le mener au stade de développement correspondant à son poids dans la famille humaine.

La poste

lundi, janvier 30th, 2017

Aujourd’hui, relâche avant le sigth seing tour de mardi, nous avons tout notre temps. Malgré tout la journée commence tôt. Dès 6 heures, la vie reprend dans les rues. Les cloches ont déjà sonné deux fois, les camions viennent de livrer l’eau aux hôtels, les ouvriers prennent leur café debout au coffee shoppe en face, les motos passent, les voitures s’arrêtent, les camionnettes klaxonnent, tout est normal.

9 heures, la journée est bien entamée. Les enfants vont à l’école dans leurs uniformes pimpants, nous nous mettons en route pour le bureau de poste. Il n’est pas spécialement loin, mais il faut longer une rue importante à haute densité de circulation. Nous croyons ne pas y arriver, même si tous les gens interrogés en route nous confirment que c’est là, au prochain tournant.

C’est vrai, la poste est là. Caché derrière les échoppes à front de rue, des bâtiments antiques abritent un bureau très actif sous un panneau indiquant en blanc sur rouge India Post. Des gens nombreux, assis à des tables en deux rangées, avec des casiers aux murs, trient des paquets de lettres, les rangent, les déplacent. Ce n’est pas ici que nous aurons un timbre pour le Japon ! en effet, c’est le centre de tri. Le bâtiment de la poste est plus loin. En continuant notre rue, nous apercevons une immense file le long du trottoir, pour une fois véritable file indienne, des gens par dizaines piétinent devant l’entrée d’un bâtiment Portant la mention « Western Union ». C’est bien la poste, mais surtout pour les transferts d’argent. Pour les timbres, on passe sur le côté. Une table, pas un vrai guichet, un seul homme assis derrière occupé à collationner un registre. Il prend notre lettre, va la peser et consulter un tarif.  24 roupies.

Il faut lécher le dos des timbres pour les coller sur la carte, et ressortir pour jeter celle-ci dans la boite rouge attendant stoïquement devant l’entrée, que quelqu’un veuille bien s’intéresser à elle. La poste aux lettres a peut-être un tout petit avenir, pas bien grand. Les paquets vont par DHL, l’argent par Western Union, les courriels par internet, les rares lettres papier exige des équipes nombreuses pour trier, acheminer, distribuer une relique des temps anciens, avant l’électronique et la mondialisation.

Notre marche à pied jusqu’ici nous a convaincus : pour aller plus loin, nous prendrons un rickshaw.

Le temple

lundi, janvier 30th, 2017


Madurai est connue universellement pour son temple de Meenakshir, une immense construction commencée il y a plusieurs milliers d’années et toujours en cours grâce à la dévotion des fidèles pour la déesse aux trois seins (rassurez-vous, lors de son mariage avec Shiva, Meenakshir – Parvati perdra cet attribut phantasmatique)

Des records, ce temple en bat plusieurs : 40 hectares, 30.000 statues, 1000 colonnes (même s’il en manque 15 « qui ont servi à autre chose ») dans le mandapam, salle de cérémonie (ou de danse ?) reconvertie en musée ou en bazar pour les inévitables marchands du temple.
Lieu de pèlerinage, sacré pour l’Inde du Sud, qui concurrence le Taj Mahal de l’Inde du Nord, joyau de l’art dravidien, le Meenakshir réunit des foules, pratiquants et touristes.

A part cela, peu de choses dans cette ville d’un million et demi d’habitants, juste l’Inde « éternelle », avec ses marchands, ses rickshaws, ses pauvres et ses riches, ses travaux inachevés, la saleté des rues qui disparait le matin quand passent les éboueurs, mais se retrouve toujours nouvelle à la fin de la journée.

Une ambiance de ferveur religieuse, mais pas d’extrémisme pour autant, baigne les heures et les jours de la cité. Musulmans rarissimes, chrétiens remarquables par leurs églises pourvues de cloches sonores ( !), la presque totalité des gens ici, sont des croyants, ils ne badinent pas avec leur religion, même si leur tolérance leur permet d’accepter que des touristes indifférents visitent les temples – mais pas les lieus de culte proprement dit : certaines parties du temple sont interdites au non indous.

Tout autour de ce monument, et même à l’intérieur, gravitent des nuées de petits marchands : vendeurs d’offrandes, tailleurs pour respecter les consignes d’habillement, marchands d’objets de culte et de pacotilles : bracelets images pieuses plastifiées, toute une activité se déploie pendant les heures d’animation et de prières, puis retombe dès la fermeture des portes.

Nous sommes toujours requis pour des selfies que les jeunes prennent en compagnie de ces étrangers qu’ils ont rencontrés là-bas, pendant leur pèlerinage. Et quand nous disons d’où nous venons, il n’est pas rare qu’ils connaissent la Belgique, même si, j’en suis sûr, peu seraient capables de la situer sur la carte.

le train

dimanche, janvier 29th, 2017

NB: pour cause de connection en mode SLOW, peu de photos ces jours-ci  😉

338 Km ( et quelques !) nous séparent de notre prochain objectif, Madurai. Il nous faudra bien la journée pour y arriver…

Le ticket est réservé depuis une dizaine de jours par Bala (Balachandar officiellement) : train 16269, voiture DT2, places 62 et 66 (window).

Mais pour arriver à la gare de Vilupuram, d’où démarre notre voyage, il y a 59 Km et liaison en transports publics est moins que simple. Donc nous faisons appeler un taxi qui se présente à l’heure dite, 8h30 devant notre porte. Le voyage commence comme on s’en doute par des embouteillages. Il pleut encore, de temps en temps, le trafic coloré nous entoure, nous retient. Passer un feu rouge nous prend un bon quart d’heure.

Face à nous des attelages extraordinaires : charrettes tirées par des paires de bœufs, de grands zébus blancs et maigres, avec d’immenses cornes, l’une peinte en vert, l’autre en rouge, drapeau indien oblige, le timon du char repose directement sur leurs épaules, pas de joug, pas de collier, ils courent devant nous en trainant des charges assez imposantes.

Au bout d’une heure, on n‘a pas beaucoup progressé, alors nous signalons au chauffeur que nous avons un train à prendre. Aussitôt, il trouve un dégagement par une petite route de campagne, rejoint une grande route à 4 bandes et la deuxième heure nous mène directement à la gare avec une confortable avance. Heureusement que nous avons mentionné notre horaire !

Avec la copie de notre ticket reçu par mail sur notre smartphone, nous nous faisons indiquer le quai et l’endroit où monter dans notre voiture. Nous l’attendons avec un quart d’heure de retard, sous la pluie (enfin, sous les toits de la gare, puis nous montant dans notre voiture. À la bonne franquette, une de nos places est déjà occupée, mais nous trouvons à nous assoir au milieu d’une famille musulmane. L’ambiance est assurée.

En cinq heures de route, nos compagnons de voyage évoluent, les uns montent, les autres descendent. Nous avons droit pour terminer le parcours, à une heure de conversation avec une jeune fille enchantée de tester sa pratique de l’anglais. Par contre notre voisin d’en face, un indou de bonne souche, parle plutôt l‘« indglish», mais aussi le tamil, le telugu, avec de bonnes notions de malayalam, ce qui lui ouvre la communication avec quelques 150 à 200 millions d’indiens du sud.

Arrivés vers 5 pm, il est déjà tard, nous sommes crevés. Un tuktuk nous conduit trois rues plus loin à notre hôtel, accueil un peu morne, bâtiment vieillot, pas d’ascenseur jusqu’au troisième (ou du moins il ne fonctionne pas), pas de wifi dans la chambre, pas d’eau chaude l’après-midi… nos sacs posés, nous sortons à la recherche d’un snack pour notre repas de soir. Ici, ce sera indien. Les rues étroites grouillantes de monde, piétons, mendiants, motos et tuktuk, camions et quelques rares voitures. La plupart des gens dinent debout devant les échoppes, un bol de riz à la main. Nous trouvons enfin une arrière salle de restau accueillante, et nous finissons épuisés, appréciant finalement notre troisième étage où l’air est plus frais.

Le pain.

dimanche, janvier 29th, 2017

NB: pour cause de connection en mode SLOW, pas de photos ces jours-ci  😉

Attirés par le nom, Auroville Bakery, nous sommes entrés dans cette boutique très achalandée où nous avons trouvé de très beaux et bons pains et des pâtisseries, croissants pains au chocolat… au beurre, pâte feuilletée, un délice !

Motivé par l’expérience, j’ai prétexté de ma pratique de longue date pour demander à visiter l’atelier, et j’ai tout de suite été invité à venir le lendemain à six heures, pour voir.
Ce que j’ai fait.

Il faut dire que la boulangerie emploie des « volontaires », des gens qui viennent passer de quelques mois à quelques années à Auroville, et c’est la façon habituelle d’être introduit. Je ne suis pas réellement candidat pour venir boulanger ici l’an prochain, mais ça n’aurait rien d’extraordinaire. J’ai rencontré deux jeunes qui passent quelques temps et un vieux Hongrois qui a atterri ici il y a dix ans. Le reste du personnel est indien : une vingtaine de personnes en activité, pour les pains, les fours, les pâtisseries, les cuisines particulières (tartelettes, pizzas). Sans compter le personnel en boutique qui rassemble vite 6 à 8 personnes travaillant en roulement.

Malgré l’importance du groupe, ce n‘est pas l’usine, le travail reste artisanal. Chaque jour, le nombre de fabrications est affiché sur un tableau : pains, pains complets, pains spéciaux (gruau, baguettes, sésame…) Sans compter les divers croissants, pains au chocolat, aux raisins, au sucre, à la pomme.

Quand je suis arrivé, la pâte à pain levait encore dans le grand pétrin, environ 200 kg. Dans un autre pétrin plus petit, une cinquantaine de kilos de pâte pour le pain complet, brune, tachetée, appétissante. Quand le four déjà allumé pour les pâtisseries parait devoir être bientôt disponible, la mise en forme commence. En premier lieu, vider le grand pétrin dans des bassins transportable, déplacement de la salle de pétrissage à la grande salle où une table gigantesque accueille les ‘bouleurs’, pendant qu’un autre ouvrier met en place à terre les moules (caisse doubles permettant d’enfourner deux pains à la fois) et les graisse généreusement.

Un ouvrier saisit d’une palette souple une portion de la pâte étalée sur la table, vérifie rapidement le poids dans une balance à plateau, pour faire environ 900 g (plutôt plus d’ailleurs). Cette pâte est souple, magnifique, elle se laisse travailler sans coller. Jetée sur la table, elle est reprise par un autre qui la roule, l’aplatit, la replie deux fois sur elle-même pour lui donner une forme approximativement parallélépipédique, et la jette adroitement dans un moule vide à ses pieds.

Bientôt les deux cent moules sont pleins, recouvert d’une toile, et patientent encore une petite heure pour la pousse définitive.

Un dernier contrôle du foyer, une buche de plus permettra de tenir la chaleur au bon niveau pendant la cuisson et l’enfournement commence : deux par deux les caisses sont reprises à terre, disposée à la gueule du four. Avec une perche de trois mètres, l’ouvrier saisit ces caisses et les pousse au fond, en les rangeant de telle façon que toutes tiendront.

Un moment de trêve, c’est la chaleur qui travaille, et déjà on dégage la table pour les préparations spéciales, les pains garnis ou trempés dans l’eau pour faire coller les graines à la surface. Ces pains cuiront dans le deuxième four, qui sera bientôt libéré. Après trois quarts d’heure, un premier pain est sorti, vérifié. Il sonne clair, le pain est cuit, la même longue perche permet de sortir les caisses rangées dans le four, que deux aides vident sur une table, d’où ils sont repris, brulants, pour être rangés sur des claies de bois et bien vite portés en boutique.

Totalement « organic », et travaillé artisanalement, ce pain a une saveur, une densité, un aspect, une durée de conservation qui n’ont rien de commun avec les morceaux de mousse emballés sous plastic qu’on trouve dans les boutiques d’Inde.

Mais ici nous sommes à Auroville.

Architecture

mercredi, janvier 25th, 2017

Architecture

Encore un  domaine dans lequel Auroville est une pépinière d’idées d’innovations et de recherches.

Concernés par ce sujet depuis la construction de notre maison passive, nous avons récolté quelques renseignements sur ce qu’il est possible voir ici. On nous a parlé à l’accueil des visiteurs, des projets et réalisations de la zone internationale, qui vont de la hutte africaine au bâtiment japonais. Mais il y a aussi le earth institute, et la sacred grove. Nous nous lançons ce matin à la découverte.

Le earth institute (cliq) est assez facile à trouver, il est bien indiqué et proche du centre. Nous arrivons alors qu’un « résident » accueille un petit groupe de jeunes gens probablement des architectes en visite ou en stage, et leur explique les techniques découvertes et enseignées ici : le présentateur est un architecte français en lien avec l’école  de Grenoble qui nous explique comment il utilise, pour produire des briques de terre, un mélange stabilisé par 5% de ciment et non soumis à cuisson, seulement pressé et séché, générant 12 fois moins d’énergie grise que la brique cuite. Les pièces qui en sortent, brique standard, briques profilées, linteaux armés, carreaux équivalent à un pavement de terra cota, ont la particularité de resister en particulier à l’immersion prolongée dans l’eau, permettant de les utiliser pour des fondations en terrain humides.
Nous visitons une collection de réalisations en terre comprimée séchée, de différentes origines et de différentes époques, depuis l‘Egypte antique jusqu’à des constructions en Inde d’il y a un siècle en passant par l’Iran et d’autres.
Nous admirons au passage une collection d’échantillons de sols, le matériau utilisé ici, dont 9 viennent de Belgique. Tous les sols sont aptes à produire des briques.
Ce matériau, outre la possibilité de le produire partout, présente l’avantage d’être plus durable que le béton: comme il ne contient pas de ferraillage, il ne subit pas le vieillissement de nos constructions en béton armé. La coloration, dépendant de la nature du sol employé, est chaleureuse et adaptée à l’environnement.
Autre curiosité démontrée ici, la construction de voûtes avec ces mêmes briques, sans coffrage, assez sidérant, à voir sur le site.

Après cela, nous recherchons – et nous finissons pas trouver, même si l’accès est difficile – le site « Sacred grove » où à ce qu’on nous dit, une équipe bâtit en terre crue des murs épais. Nous arrivons à l’heure du lunch. Celui qui nous reçoit appelle une jeune fille pour nous guider et nous expliquer ce que nous souhaitons savoir. Devant l’ampleur du bâtiment, un ensemble de trois logements de plusieurs étages, nous lui demandons : vous avez un architecte ? A quoi elle nous répond : I am an architect ! celle que je prenais pour une « gamine » a en effet, après son diplôme, étudié les travaux publiés sur les manières alternatives de construire, et développé des techniques adaptées à sa situation, ici en Inde, et elle dirige une équipe d’une quarantaine de personnes avec un dynamisme qui enthousiasme!
L’équipe accueille des stagiaires de tous les pays du monde pour des périodes de six mois au moins, dans une ambiance µn peu spartiate, mais très motivée et motivante.

Nous n’en finirions pas de détailler ce qu’on peut trouver ici comme innovation, recherche, développement, et ce dans des domaines aussi différents que l’eau, l’énergie, la musique, l’enseignement, la santé, l’économie, l’agriculture…

Organic Farming

lundi, janvier 23rd, 2017

Même si cela représente une dépense non négligeable, les 15 principales fermes d’Auroville ont obtenu la certification « Bio ». Ce qui représente sans doute un plus pour les produits vendus aux européens en visite et à l’export, mais surtout, correspond à la fois à une conviction et à une réalité.

De tous temps, les objectifs du projet ne pouvaient être poursuivis que moyennant une alimentation saine et équilibrée, et un respect aigu de l’environnement, des plantes et animaux de la ferme.

Ce week-end, une grande manifestation est organisée par les agriculteurs pour faire visiter les fermes, faire admirer les réalisations, faire comprendre les efforts et les réussites, et aussi les difficultés de ces entreprises d’Auroville.

Nous nous sommes donc rendus à Certitude où nous attendait un départ de visite. Impossible de les faire toutes, et le groupe de la principale, Anapoorna, étant au complet, nous nous laissons conduire à 8 dans la remorque d’un tracteur (Eicher, fabrication indienne) jusqu’à Auro Orchard, une ferme bio de 40 acres,  une des plus anciennes, établie en 1964 pour l’approvisionnement de l’ashram, et dont la caractéristique principale est l’élevage de 1000 poules pondeuses en plus des légumes cultivés en permaculture (Mulching, buttes, compostage et mélange des plantes avec l’utilisation des compagnonnages efficaces pour le lutte contre les nuisibles.
Nous sommes reçus très cordialement par une des membres de l’équipes (six personnes) qui met ce domaine en valeur.

En faisant le tour des cultures, impossible de ne pas remarquer, bien que ce soit ici l’hiver cultural, la profusion des plantes qui profitent de la fertilité d’un sol qui a, en cinq ans, gagné une épaisseur de plusieurs centimètres d’humus. Arbres fruitiers, coupe-vent, cultures d’engrais vert, et au milieu de la ferme, un immense banian qui abrite les tas de compost et de fumier. Il y a en effet deux vaches sur la ferme, dont les bouses et l’urine sont utilisée en aspersion comme fumure foliaire et protection des cultures. Efficacité connue et remarquable.

 

Auroville

dimanche, janvier 22nd, 2017

Jour de relâche dans tout le pays aujourd’hui : c’est la grève, « legal ban ».
Impossible de nous faire expliquer pourquoi, mais toutes les boutiques sont fermées, les bus à l’arrêt, les écoles sans élèves. Seuls quelques rickshaws circulent, difficiles à attraper. Heureusement, si celui que nous avions retenu hier nous fait faux bond, nous en trouvons un qui veut bien nous conduire à Auroville. Avec nos sacs.

    

Finalement nous comprendrons que les manifestations ont à voir avec l’interdiction de la coutume tamoule du tirikattu, lâcher d’un taureau dans les rue de la ville, le jeu étant pour les jeunes de le dompter, ce qui donne lieu à des excès, bien sur, âprement poursuivis par les défenseurs de la cause animale.

8 km pour aller de Pondy à Auroville, disaient les gens. Mon oeil, c’est beaucoup plus que ça, d’autant que notre Discovery guest house ne se trouve pas là où nous le pensions. Finalement nous arrivons à la chambre qui nous attend, nous pouvons poser nos sacs et songer à préparer un casse-croûte. Ce sera frugal, puisque nous n’avons pas trouvé de marchand sur notre route : une tranche de pain et une cuillère de confiture restant de ce matin. Dès 18h (pardon, 6 p.m. comme on compte ici), la vie va reprendre et nous trouverons ce qu’il nous faut.

A première vue, rien de distingue le village qui nous entoure de la majeure partie des villages que nous avons découverts en Inde : une multitude de rues qui serpentent entre les constructions les plus hétéroclites et les parcelles (« plots ») à l’abandon ou en construction. Des boutiques plus ou moins regroupées, plus ou moins grandes, avec des rideaux de fer (aujourd’hui nous les voyons bien, puisqu’ils sont baissés) fermés par des cadenas, la serrure habituelle ici.

En cherchant à nous rapprocher de la plage, nous tombons sur une boutique ouverte : location de motos. Nous en profitons, puisque nous avons bien vu que les distances à Auroville sont vite importantes.

 

Samedi, nous nous approchons du centre, pour nous inscrire à l’accueil des visiteurs et obtenir une carte de paiement (ce qui permet aux aurovilliens de vivre sans devoir manipuler de monnaie) et tenter de définir un programme de visite.

L’organisation des relations publiques, malgré le nombre de personnes qui y participent, pêche un peu par manque de clarté. Je suppose que la « faune » exotique des visiteurs passionnés de spiritualité de teinte orientaliste a moins d’importance (en dehors de l’apport financier du tourisme) que les réalisations de la vie quotidienne et l’initiative personnelle prime, en Inde, sur l’intervention publique.

Dans l’ordre de nos recherches, il y a l’agriculture en premier lieu : elle est bio depuis le départ, à une période où le mot n’existait pas, où le concept devait paraître hérétique. Economies d’énergie, recyclage, maîtrise de l’empreinte environnementale, semblent être les maitres mots de l’activité des résidents. Toutes sortes de techniques peuvent être mises en œuvre ici, la rentabilité est la clé du maintien, mais elle n‘en est pas la condition. Le mode de vie ‘simple et frugal’ permis par le climat n’exige pas la production de bénéfices conséquents. et les investissements ont de tout temps, depuis la création, été d’origine extérieure (des « dons »), ou des transferts quand les donateurs se sont implantés sur place.

La ville est organisée sous la direction d’un groupe de décision dans lequel l’état indien a son mot à dire, mais n’est plus sous la direction de l’ashram de Sri Aurobindo, qui subsiste à Pondichéry comme établissement d’enseignement. La religion (principalement à base de théosophie et des enseignements du guru) tient sans doute une place importante dans la vie des résidents d’origine étrangère mais l’hindouisme a une bonne place aussi. Les aurovilliens sont indiens en grande majorité (plus de la moitié, 60 % si j’ai bien compris, la seconde nationalité, les français pouvant représenter 15 % des habitants).

Dès demain nous allons tenter d’en savoir plus en visitant ce qui est accessible, nous commencerons par une ferme, puis nous tenterons de pénétrer dans la boulangerie (ils font un pain excellent !)

Pondichéry

jeudi, janvier 19th, 2017

Plus exactement Puduchery, est un territoire de l’Union Indienne depuis sa rétrocession par la France en 1956. Il existe bien le long de la mer une quartier, White City, en référence aux européen, que l’on appelle le quartier Français, et qui collectionne quelques vestiges de l’ancien empire français des Indes, les cinq comptoirs de Calicut, Mahé, Karikal, Pondichéry et Chandernagor : des plaques bleues portant des noms de rues en tamoul et en français, le Palais du Gouverneur, quelques maisons de style colonial, un monument aux morts et une cathédrale où l’on célèbre des messes en français. Pas vraiment plus que ça.

En dehors de ça, Pondichéry est une petite ville comme celles du Tamil Nadu dont elle ne fait pas partie, assez endormie et aussi bizarre en ce qui concerne la circulation ( !) que toutes les autres  villes de l’Inde. On finit par s’aguerrir et s’aventurer audacieusement à traverser les rues dans une circulation congestionnée, où dépasser le 20 km/h imposé ( ?!) est une gageure.

Petite ville indienne où les animaux ont leur place autant que les humains : les chiens, les vaches, et même les singes qui chapardent dans les maisons sans aucune retenue, bien conscients qu’il ne peur sera fait aucun mal.

Plus détendus que les Keralais, les Tamouls prennent la vie du bon côté. Il y a bien sur des mendiants dans les rues et des petits marchands de tout ce que les touristes peuvent acheter, et les boutiques inénarrables de l’Inde, où chaque marchand se fait une spécialité, mais est prêt à fournir ce que vous lui demandez en l’achetant à son voisin, ou à vous diriger vers celui-ci qui lui devra une petite commission…  On trouve tout ce dont peut avoir besoin ici comme ailleurs.

Un feu d’artifice éclate dans le soir : c’est un enterrement qui passe. La vie continue.

Il y a à Pondichéry une « originalité » franco-belge, l’association Volontariat en inde, (clic)fondée par une liégeoise, madeleine de Blic et toujours plus active dans le service aux plus défavorisés, enfants ou vieillards. J’y rencontre mon ami BdR qui y fait son séjour annuel.

Peut-être plus connu que cette ONG, l’Ashram de Sri Aurobindo et Mère est  implanté ici et provoque l’afflux d’une certaine « faune » en mal d’orientalisme, comme à Madras le siège de la société  théosophique. Et le climat équatorial doit être propice à ce foisonnement puisqu’Auroville n’est qu’à 10 km de là.

Demain je quitte « Pondy » dont j’ai à mon sens épuisé le charme pour aller passer quelques jours à Auroville. Une autre aventure.