Archive for mars, 2017

La santé au Sri Lanka

lundi, mars 20th, 2017

Quand on voyage à l’étranger, avec l’envie de connaitre le pays et les gens, de partager leur manière de vivre et de nouer des relations, il y a des domaines qu’on a peu l’occasion d’expérimenter.

De ceux là fait partie la santé, et l’environnement médical. Avoir besoin de soins à l’étranger, surtout dans un pays dont on ne pratique pas la langue, et dont les standards de vie sont parfois très différents de ce à quoi on est habitué, pourrait se révéler une épreuve.

He bien, j’ai fait le test ! Rien de vraiment grave, juste un petit rappel de mes ennuis cardiaques de l’an dernier. J’ai reçu à mon dernier anniversaire une « montre » qui mesure aussi, entre autre chose, mon rythme cardiaque. Sage précaution ! Je me suis rendu compte après quelques jours au Sri Lanka, que mon cœur avait tendance à se mettre en surchauffe sans que je lui demande d’effort… J’avais reçu alors  pour ces circonstances, un médicament, « pill in the pocket », à prendre en cas de besoin. Mais voilà, comme je n’ai jamais eu l’occasion de l’utiliser, il est resté sur mon bureau à la maison….

Conclusion, je me suis mis en quête d’un médecin qui puisse d’abord vérifier le problème, et aussi y apporter le remède ad hoc. Et j’ai pu ainsi me rendre compte que le Sri Lanka est merveilleusement équipé dans ce domaine, un peu selon la norme de médecine publique qui était celle de l’Angleterre avant les années Tacher.

D’abord à Matara, puis quelques jours plus tard à Dambulla, j’ai rendu visite aux hopitaux « gouvernementaux » de ces petites villes.

Première remarque ; ces hôpitaux existent, ils sont fréquentés et fréquentables. Si les équipements sont parfois rudimentaires, le personnel médical est abondant et (selon mon appréciation) compétent.

A Matara, j’ai été reçu par une doctoresse d’un certain âge, qui a retraduit en équivalent local les prescriptions de mon médecin traitant et m’a muni d’un viatique sous forme d’un médicament plus ou moins substituable à ce que j’aurais du avoir. Il faut dire que la spécialité idéale, bien que connue des compendium locaux, est très peu utilisée, et que pour en disposer, j’aurais dû la commander à Singapour, et l’attendre deux semaines ! Un autre générique m’a été fourni par la pharmacie de l’hopital pour un prix à peine moins élevé que celui qui se pratique chez nous. J’ai reçu dans un petit sachet le nombre exact de comprimés tirés d’un grand conditionnement, la posologie est mentionnée à la main sur l’enveloppe.

À Dambulla deux jours plus tard, comme j’étais encore alerté, j’ai été conduit par notre logeur  à l’hôpital public local, seul à posséder un service de cardiologie. Ma « bonne mine » – et sans doute la couleur de ma peau – me permettent de couper à la file assez longue de patients qui attendent leur tour. J’ai été reçu par deux médecins, un plutôt jeune (sans doute un « interne ») et un autre plus âgé semblant assumer les responsabilités. Ils m’examinent et me demandent de rester quelques heures sous monitoring . Je suis reparti avec deux électrocardiogrammes sur papier qui ne révélaient rien de vraiment inquiétant. J’ai donc passé une journée dans la salle de soins, département cardiologie. Comnme dans tous les pays tropicaux, un hangar ouvert sous le toit tient lieu de salle commune. Pas de chambre stérile ici, malgré une asepsie surveillée et rassurante. Les lits, une cinquantaine, sont alignés le long des deux murs. Le matériel d’ECG de fabrication japonaise, NIHON KOHDEN  et relativement ancien, mais fonctionnel, est amené à mon lit, et fonctionne comme chez nous.

L’intimité des patients, quand elle est nécessaire, est assurée par des paravents. Les infirmiers et infirmières sont en nombre, mais les parents sont aussi présents pour accompagner les malades. Pas d’« hotellerie » , il faut avoir quelqu’un pour s’occuper des repas, la salle est envahie de visiteurs à la mi-journée. Quasi tous les lits sont occupés, mais ils se libèrent et sont réattribués  à tour de rôle.

Vers 17h nous quittons l’hôpital. Nous avons été admis sans formalités, nous sortons sans autre paiement qu’un merci : la santé publique au Sri Lanka est gratuite, seuls les médicaments se paient. Ce qui , admettons le quand même, est un frein efficace à la surconsommation, puisque les prix ressemblent au nôtres…

Jallikattu

lundi, mars 20th, 2017

Jallikattu est un rituel sportif tamoul consistant à maîtriser un taureau à mains nues pour montrer son courage (et accessoirement décrocher la récompense !). Interdit depuis quelques années, il a été de nouveau légalisé cette année à la suite de nombreuses protestations populaires, dont la journée de grève générale contre le « legal ban » que j’ai vécu lors de mon passage à Pondichéry.

Il faut reconnaitre que ce « jeu » ne doit pas être agréable pour le taureau, mais franchement, pour un taureau brutalisé une fois par an, combien y a-t-il de vaches qui vivent toute leur vie avec une corde passée au travers de leurs naseaux et rattachée à leurs cornes. C’est un moyen efficace de les rendre dociles et obéissantes : tirez donc sur ma corde, vous verrez si elle ne suit pas !

Et combien de bœufs blancs à bosse passent leur journées à tirer de lourdes charrettes de bois, par le seul moyen d’une poutre posée sur leur cou ? Ici, pas de joug, pas de collier, juste une énorme pièce de bois très pesante qui les oblige à relever la tête sans améliorer leur puissance de traction. Alors, pour eux, le jallikattu, c’est de la petite bière !

Les dernières roupies

lundi, mars 20th, 2017

J’aurais bien quelques images, mais je ne les retrouve pas!
je les publierai plus tard…

Je voulais donc vous raconter que
Notre voyage se termine. Une dernière fois refaire le sacs en laissant derrière nous le superflu, pour caser les derniers achats. Une dernière fois repeser en espérant que ce sera la meme chose à l’aéroport, 12 + 18, ça fait 30, bien en dessous de notre droit en bagages accompagnés, mais plus qu’assez pour nos épaules, sans compter les bagages à main. L’itinéraire du back packer est fait aussi de ces considérations terre à terre.

Nous avons réglé nos comptes hier soir, reste seulement à nous procurer un pique nique pour midi : la Auroville Bakery est toute désignée, et me donne l’occasion de saluer une dernière fois les gens que j’ai vu au travail le mois dernier – ils ne m’ont pas oublié – et Elumalai qui ce matin tient la caisse.

Le taxi est commandé pour 9h20, il est là à 9h20. Embarquement et c’est parti pour trois heures de route. Les quelques portions de route à chaussées séparées permettent d’améliorer la moyenne, mais les encombrements, les travaux, le type même de circulation de l’Inde font que les trois heures sont dépassées pour faire 140 km.

Mais nous avons tout notre temps. A Chennai, pas de files au counter, il faut seulement trouver quelle compagnie nous enregistrera. Notre vol est organisé par Ethiad, qui n’a pas de guichet à Chennai. Et passer les contrôles : un contrôle à l’entrée, un contrôle au guichet, un contrôle à l’embarquement….

Nous sommes enfin en terrain neutre, à Mumbai, une fois payé un casse croute à l’indienne,  le dernier, composé d’une dosa et d’une bouteille d’eau, comme en Inde, les dernières roupies sont échangées contre quelques paquets de thé.

Au passage, le plus amusant de ces contrôles est que chacun est différent, une fois il faut enlever ma ceinture mais je peux garder mes chaussures, la fois suivante ce sera l’inverse. Parfois je dois sortir de mon sac tous les appareils électroniques, parfois pas, parfois seulement le gsm… Et bien sûr, une fois ou l’autre, j’oublie de sortir mon portefeuille de ma poche (la monnaie fait sonner les détecteurs) et la fois suivante, je dépose mon passeport dans le panier qui passe dans le scanner au lieu de le présenter au contrôleur ! Mais dans l’ensemble, ça passe facilement, je n’ai été arrêté nulle part. Il faut dire quand même que je n’ai pas tenté d’entrer aux Etats Unis, ça serait une autre histoire, je pense. Les douaniers ici font juste leur boulot, souvent avec le sourire, et ne cherchent ni à se convaincre de leur supériorité, ni à nous accuser de délit de faciès.

D’un aéroport à l’autre, d’un équipage à l’autre, les langues changent. A Chennai, le tamoul a priorité, et l’anglais a une teinte d’indglish assez marquée. A Mumbai, c’est l’hindi, bien sur, et l’anglais est plus commun. Les équipages d’éthiad sont arabes, et dans l’avion, seuls les ordinateurs parlent anglais. À Abou Dhabi, l’arabe est prioritaire en principe, mais encore, pas toujours, pour les vols vers l’europe, c’est uniquement dans un anglais que je juge parfait.

Après quelques heures d’attente le vol vers Bruxelles est annoncé. Demain nous foulerons le sol belge et tenterons de trouver un train pour rentrer chez nous… et là on parlera flamand d’abord, puis anglais et français, jusqu’à ce que dans le train la hiérarchie des langues change entre Bruxelles et Charleroi, pour passer au registre unilingue francophone dans le train de Philippeville (on n’a pas encore d’annonces en Wallon, juste l’accent !).

The way I renew my leaven

mardi, mars 7th, 2017

To attention of my friend Elumalay, I did ask to Google translate my previous post

So
I need

100 to 150 g of dried grapes Corinth (Bio and untreated!)  I think red are better than yellow.

1 teaspoonful of pure honey without additives or added sugars (finally honey, what!)

In a quarter of a liter of soft water

Let it rest in the sun if possible, but not more than 35 ° C, in a non-sealed glass container, Rather covered with a stamen to avoid insects.

After a few days, depending on the temperature and the sunshine, a light foam forms (just bubbles) and the grapes rise to the surface.

If you see mold, you miss it, start again with a very clean container in a more controlled atmosphere.

If it’s too cold and the yeasts are still growing, your sourdough will be sour. Some will prefer it, but for me, I try to have it soft enough.

Use the preparation to knead dough with 500 g flour.
When it has risen, this dough will serve to prepare a « polish » or a sourdough.
Do not be surprised if it rises slowly in the first times: it is necessary to leave time to the yeasts to multiply and to strengthen.

By kneading the first batch, do not forget to reserve a piece to start again later!

Your leaven is started. Allow it time to light up slightly before re-using it.
Keep the sourdough fresh, especially if it has to wait several days before being re-used.
Avoid the temperature exceeding 30 ° to favor the best yeasts.
Work always in the same room: the air will be loaded with spores that will replenish the new preparations;

If you want to keep a leaven more than a week, do not freeze, just in the fridge by re-working the dough regularly to feed it.
For a longer period, let a large ball to dry and re-moisten it to restart.

But a leaven is not eternal. It can be spoiled, faded. The Hebrews renewed it every year at Easter, contenting themselves with unleavened bread (azyme) for a week.
This habit will give you the opportunity to occasionally eat bread from another baker.

Ma méthode pour renouveler mon levain

mardi, mars 7th, 2017

Je m’y prépare, puisque dès la fin de la semaine je vais m’y mettre en rentrant à la maison… pour autant que j’ai un rayon de soleil!

J’ai besoin de
100 à 150 g de raisins secs genre Corinthe (Bio et non traités !)
1 cuiller à thé de miel pur sans additifs ni sucres ajoutés (enfin du miel, quoi !)
dans un quart de litre d’eau douce
laisser reposer au soleil si possible (! 🙂 ), mais pas plus de 35 ° C, ça tue les microorganismes fragiles comme les levures
dans un récipient en verre non fermé hermétiquement,
plutôt recouvert d’une étamine pour éviter les insectes.

Au bout de quelques jours, selon la température et l’ensoleillement,
une mousse légère se forme (juste des bulles)
et les raisins remontent à la surface.
si on voit de la moisissure, c’est raté, recommencer avec un récipient très propre
dans une atmosphère plus contrôlée.
S’il fait trop froid et que les levures se développent quand même, votre levain sera aigre
certains le préfèreront ainsi, pour moi, je tâche de l’avoir assez doux.

Utiliser la préparation pour pétrir un pâton avec 500 g de farine
Quand elle aura levé, cette pâte servira à préparer un « polish » ou un levain chef
Ne vous étonnez pas s’il monte lentement les premières fois : il faut laisser le temps aux levures de se multiplier et de se renforcer.

En pétrissant la première fournée, n’oubliez pas de  réserver un morceau pour recommencer plus tard :
Votre levain est amorcé.
laissez-lui le temps de surir légèrement avant de le réutiliser.

Conserver le levain au frais, surtout s’il doit attendre plusieurs jours avant d’être réutilisé.
éviter que la température dépasse les 30 ° pour favoriser les meilleures levures
travailler toujours dans la même pièce : l‘air se charger de spores qui réalimenteront les nouvelles préparations;
Si vous voulez conserver un levain plus qu’une semaine, ne pas congeler,
juste au frigo en retravaillant le pâton régulièrement pour le nourrir
Pour une période plus longue, laisser sécher une boule assez grosse que vous ré-humecterez pour le faire redémarrer.

Mais un levain n’est pas éternel. Il peut se gâter, s’affadir.
Les hébreux le renouvelaient tous les ans à Pâques, en se contentant de pain azyme (sans levain) pendant une semaine.
Cette habitude vous donnera l’occasion de manger parfois le pain d’un autre boulanger.

Les Aurovilliens

mardi, mars 7th, 2017

Je ne m’imagine pas donner un compte rendu exact de ce qu’est Auroville, je tente juste de restituer ce que j’ai pu apprendre en quelques jours sur ce phénomène, cette utopie qui sans être unique sans doute, n’en reste pas moins une étrangeté ici en Inde.

Depuis cette année, le gouvernement indien a accordé à Auroville le statut administratif de ce que nous appellerions un canton. Cette « agglomération » existe donc bien réellement avec ses caractéristiques si particulières de gestion et de fonctionnement administratif.

Mais finalement, qu’est-ce qui caractérise cette « ville » qui se veut le modèle d’un monde futur ?

Tout est axé ici sur la gestion participative. En excellent exemple de démocratie directe en action, avec ses qualités et ses défauts. Tous les domaines de la vie commune sont administrés par des « groupes » où se rencontrent les Aurovilliens qui se sentent concernés par la question. N’ayant pas assisté au fonctionnement d’un de ces groupes, je ne peux pas dire si c’est la majorité qui ‘emporte ou si l’unanimité est nécessaire, mais en tous cas, il doit se dégager un consensus pour qu’une décision soit prise et applicable. Et certainement, ceux qui ont à cœur de pousser à la roue sont plus actifs et plus représentés que ceux qui cherchent plutôt leur édification personnelle.

Ces groupes désignent des représentants au Conseil d’Auroville, qui délègue les décisions journalières à un comité, dans lequel on retrouve le gens qui ont à cœur de s’y investir, avec une représentation gouvernementale.

Pas de police particulière à Auroville, et je n’ai pas vu de policiers indiens en action sur le territoire. 22 ha, 2800 résidents reconnus, dont 500 enfants, sur les terres appartenant à Auroville plus de la moitié sont indiens, la plupart originaires de villages environnants, 50 autres nationalités sont représentées, la ‘communauté’ la plus nombreuse étant celle des français. Mais Auroville regroupe sur toute son étendue des villages qui préexistaient, et on arrive à une population de quelques 50.000 habitants touchés plus ou moins directement par le phénomène.

Territorialement, toute l’étendue du canton ne dépend pas d’« Auroville »., comme on désigne ici le ‘pouvoir administratif’ C’est d’ailleurs là un problème criant pour le projet. Il subsiste dans le rayon d’action de la cité modèle, des terrains privés qui ne participent pas, mais qui pourraient avoir tendance à utiliser le renom de la communauté pour en tirer un profit personnel. Alors qu’ici, tout fonctionne sans aucun but de rétribution personnelle. En dehors d’une petite partie de la population qui bénéficie d’une allocation mensuelle, pas réellement élevée, chacun est sensé se suffire à soi-même, et participer autant que possible au développement général. Toutes les entreprises profitables paient un « impôt » pour financer les services de base : eau, électricité, administration.

Auroville est en principe une ville sans circulation monétaire. Chaque résident permanent, ou de longue ou moyenne durée, possède un compte qui lui permet de payer ses consommations. Il existe même une sorte de caisse de compensation qui permet aux plus démunis de passer un cap difficile. Le tout dans une liberté totale : aucune contrainte d’aucune sorte de participer à tel ou tel aspect de la vie communautaire, en dehors de l’utopie de base à laquelle il faut vraiment croire pour surmonter les contradictions et les difficultés de la vie dans cet environnement.

La terre est un bien commun. Celui qui veut s’installer reçoit un morceau de terrain où il bâtit sa maison. Il possède et administre lui-même son habitation tant qu’il y réside, lui ou sa famille, mais la cède à la communauté s’il la quitte. Ce qui permettra d’accueillir une autre personne ou famille qui se joindrait à la communauté.

Pour devenir Aurovillien, il faut manifester le désir de participer au projet (voir à ce propos les écrits de Mère et de Sri Aurobindo, et pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de permettre l’éclosion d’une humanité nouvelle dans un monde nouveau). Après un stage de quelques mois, le ‘new comer’ doit prouver pendant un an qu’il peut s’intégrer et apporter quelque chose au projet. La ‘nationalité’ lui sera accordée par les instances suprèmes après ce temps, toujours selon cette règle de consensus qui permet le maintien de l’idée autant d’années après la disparition des fondateurs (Sri Aurobindo est décédé en 1950 et la Mère en 1973, d’épis cinquante ans, la relève est assurée par des gens dont la plupart n’ont pas connu les ‘gurus’). Il faut ajouter que si l’ashram de Sri Aurobindo avec ses caractéristiques philosophico-religieuses, existe toujours à Pondichéry, Auroville a fait il y a maintenant de nombreuses années sa « déclaration d’indépendance, et s’est totalement désolidarisé du caractère autoritaire qui a présidé à sa conception.

Pas de contraintes religieuses ni de croyance à Auroville. Mis à part la boule dorée (matrimandir) qui marque le centre de la cité idéale, et qui est sensé inviter à la méditation, aucune pratique n’est impérative. Pas besoin d’être yogi ou ascète pour être Aurovillien. Enfin, pour autant qu’on apprécie le style vie ici, dans le calme, une nourriture saine, un environnement pacifique, des distractions mesurées. Ce qui ne veut pas dire qu’Il n’y a pas de vie culturelle ici, au contraire : le cinéma fonctionne quasi tous les jours, des conférences multiples se donnent régulièrement de cycles d’études commencent chaque mois. Téléphonie fixe et mobile, internet à un excellent débit, des éditions papier de toutes sortes de choses manifestent une vie intellectuelle bouillonnante. L’art n’est pas en reste : musique, danse, spectacles, et pour certains, peinture, sculpture et toutes sortes d’autres réalisations.

45 architectes exercent ici, avec des domaines d’expertise aussi variés que le bambou, la terre crue, la brique compressée. La santé n’est pas en reste, ni l’éducation, ni l’agriculture, ni l’épuration de l’eau, ni les énergies renouvelables. Il y a ici une véritable université, avec ses unités de recherche à la pointe de leur spécialité. Il y a là un foisonnement d’initiatives, certaines au long cours, depuis de très nombreuses années, d’autres plus ponctuelles, qui émergent puis disparaissent dans un foisonnement perpétuel de renouvellement. Ce qui limite l’avancée du projet, c’est plus le petit nombre de participants que les idées !

Si certains veulent me corriger dans des erreurs que j’ai pu commettre, je suis ouvert à toute suggestion. Je veux seulement dire que je n’ai pas voulu donner une définition d’Auroville, mais seulement une impression après un court séjour

Auroville

samedi, mars 4th, 2017

Pour le climat, l’infrastructure hôtelière, le calme, l’accueil, Auroville constitue en fait un choix de qualité. Omniprésente, la philosophie de Sri Aurobindo se fait discrète pour qui le souhaite. Mis à part certains enthousiasmes exubérants de visiteurs de passage, les Aurovilliens sont plutôt réservés quant à leurs convictions. La sphère « convictionnelle » si ce n’est pas religieuse, reste du côté de l’intime, et en dehors des portraits de la Mère dans toutes les boutiques, et du Matrimandir qui situe le centre de la ville, aucune obligation ne nous est faite d’adhérer ni même de connaitre les écrits du guru.

Ce qui fait de notre dernière semaine en Inde avant le retour à notre environnement quotidien, une sinécure des plus attractives. Les rencontres se nouent au hasard de nos déplacements, d’une interpellation, d’un accent. Nous croisons la route d’un jeune kiné français qui vient se spécialiser dans les types de massages qu’on pratique en Asie, une dame japonaise âgée, qui vit ici depuis 35 ans, notre hôte et sa famille, indiens aurovilliens depuis toujours, travaillant pour élever leur famille, des allemands, des italiens, en quête de direction spirituelle ou d’apprentissage du yoga et de la méditation, jeunes en recherche du sens de leur vie ou quarantenaires en pleine mutation, de passage pour quelques mois ou volontaires de plus longue durée, comme cette américaine qui a débarqué ici il y a 15 an pour s’occuper des chiens errants, les nettoyer, les soigner, les stériliser…

Le mode de vie des résidents permanents correspond à la mise en application de théories économiques utopiques, mêlant indemnité de subsistance généralisée, disparition de la circulation monétaire, solidarité de la coopérative « Pour Tous » en même temps qu’une reconnaissance marquée aux projets porteurs de rentabilité. Cela mériteraait une thèse d’étude!

Tout est bio ici, avec un grand respect de l’environnement, mais aussi une grande difficulté à faire démarrer des actions comme l’énergie solaire ou éolienne, le traitement des  eaux usées (pas tellement sales ici vu la sobriété dans l’emploi des détergents, des médicaments et des additifs alimentaires), la voiture électrique, alors que les distances dans cette ville champêtre sont assez importantes pour exiger des moyens de locomotion plus rapides que la marche et plus porteurs que le vélo.  Même si on devine la direction ferme d’une oligarchie cooptée qui détermine les projets à soutenir, intégrer et accueillir, une place immense est laissée à l’initiative privée qui porte seule les innovations et les mises en place de nouvelles technologies.

Et puis cette nature exubérante qui fait qu’il suffit de jeter quelques grains de papaye pour récolter quelques temps plus tard des kilos de fruits savoureux, des mangues, des oranges,des citrons, des bananes de toutes sortes, des noix de coco, des feuilles de curry pour l’assaisonnement des préparations culinaires, des légumes bio en permaculture, du riz à la saison, etc.

Comme Gandhi

jeudi, mars 2nd, 2017

Je parcours l’Inde en train.

Après avoir rallié Kovalam en taxi, je reviens en train jusqu’à Auroville.

De Trivandruml (Tirivananthapuram) l’express venant de Mumbay (enfin, ici, en fin de course, c’est presqu’un omnibus qui dessert quasi toutes les gares) nous ramène à Kaniyakumari pour une étape de quelques heures.

À 17 heures (5pm   comme on dit ici), avec une grosse demi-heure de retard, le Chennai express quitte Tutucorin (c’est le nom de la gare de Kanyakumari, autre nom du cap Comorin).
Cette fois-ci, nous voyageons dans une voiture climatisée, sorte de wagon-lit première classe. Coussins de moleskine brune quasi neufs, une couverture, deux draps et un oreiller propre pour chaque place réservée, et vu le tarif, c’est un autre public que les voitures sleeper class sans réservation.
Nous n’utiliserons pas les draps, puisque nous quittons le train vers 10 heures du soir à Madurai, après avoir passé une agréable soirée en discussion avec un étudiant ingénieur en mécanique, et un chirurgien qui s’est joint à la conversation, intéressé par la Belgique où il doit venir à la fin de l’année.
Nous échangeons sur le développement, l’histoire, les coutumes, les religions, notre appréciation de l’Inde…

Après une nuit à Madurai à l’hôtel Padman, bruyant et inconfortable, nous retournons à la gare pour 11 heures, monter dans le train « Guruvalam-super-fast express » en direction de Chennai-Enimore, qui nous mènera en six heures à Vallipuram 300 km plus loin, pour rejoindre Auroville.

Le trajet de jour se fait à la fenêtre, bien heureusement, dans le vent de la course, la chaleur est moins accablante.

Le paysage défile, c’est ce qui me refait penser à Gandhi parcourant ainsi les immenses étendues de son pays continent, dans le contraste entre les plaines fertiles, les collines abruptes surgissant soudain de la plaine, les étendues écrasées par la sécheresse, le bétail à la corde sur des terrains poussiéreux, les villes tentaculaires, les immondices et plastiques accumulés et pas encore ramassés ni nettoyé (le seront-ils un jour par d’autres forces que le vent et le soleil ?)

Dans les régions fertiles, donc pas trop touchées par le manque de la dernière mousson, les rizières sont simultanément à différents stades de culture. La majeure partie est en cours de moisson, nous avons vu à l’œuvre les moissonneuses batteuses alignant derrière elles de grandes trainées de paille jaune. Mais d’autres champs sont encore vert tendre, le panicule de riz n’étant pas encore monté en hauteur,  et en même temps, des  carrés viennent d’être labourés, quelques-uns sont inondés et nous voyons même un attelage de deux bœufs labourant la boue avant le repiquage qui est en cours dans certaines parcelles.

Par endroit, les vignes étalent à hauteur d’homme un tapis vert d’où pendent les grappes, les cocotiers quand ils n’ont pas été sinistrés par le manque d’eau, portent leurs lourdes grappes à vingt- cinq mètres de haut, les champs de bananiers récemment plantés s’efforcent de déployer leurs panaches en rang d’ognon.
D’autres paysages me rappellent le sud marocain, la vallée du Draa où seules les oasis présentent un peu de végétation autre que des tiges dures d’épineux.
Pas de cultures de coton ni d’indigo par ici. Pas de luxuriants vergers d’épices comme dans le Kérala, de l’autre côté des montagnes. Juste les cultures qui permettent de vivre, riz, légumes, fruits, qu’on écoule dans les villes alentour à des prix en hausse majeure étant donné leur rareté. faute de mousson, les récoltes sont maigres, chnceux ceux qui ont encore des champs en production.

Après mon post du mois dernier sur le sujet, la question est toujours ouverte : l’Inde est-elle un pays développé ? c’est ce que nous demande à brûle pourpoint un homme sortant de la gare de Kanyakumari au moment où nous y retournons. Mais quelle réponse apporter !
L’inde est un pays riche, même si une forte majorité de ses habitants sont pauvres.
L’Inde envoie un astronaute dans l’espace, mais dans la rue de Madurai, dix échoppes minuscules tentent de recycler les éléments récupérés sur des hauts parleurs en bout de course.
En face de l’école de style britannique où depuis plus de 10 ans, 1500 élèves suivent leur cursus secondaire, un petit temple attire les dévots avec une musique tonitruante.
Dans les rues, des gens mendient, certains assis, n’ayant plus la force de marcher à la recherche des aumones, et dzns ces mêmes rues passent de gros 4×4 se frayant un passage à grands coups de klaxon.
Les trains roulent à travers le pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest sur des milliers de kilomètres, mais combien de jeunes n’ont jamais quitté leur état, ou même leur ville de naissance, et s’effraient à l’idée de s’assoir sur la même banquette que nous.

Le modèle de développement occidental est-il le seul valable ?  à Gandhi qui affirmait « we demand home rule », nous exigeons l’autonomie, la grande Bretagne a dû répondre par l’indépendance. Mais aujourd’hui, en dehors du criquet, de la badine des officiers, du thé et des trains, qu’est-ce qui rattache l’Inde à l’Europe ?