sidi ifni

Nous avons passé quelques jours ici l’an dernier : c’était notre premier contact avec le Maroc de l’intérieur, bien que cette ancienne ville espagnole toujours marquée d’un coin d’étrangeté se réclame d’une identité propre. Les couleurs d’abord, qui évoquent les juifs marocains, quoiqu’ici il n’y ait pas de mellah. Mais le bleu est aussi et surtout la couleur du Sahara. C’est ici que nous voyons les premières gandouras bleues ornées d’une broderie brune particulière autour du col, différente de toutes les autres.
Le marché au poisson bat son plein quand les bateaux rentrent. Comme il n’y a pas de pêche de nuit – les barques ne sont pas éclairées, l’océan est trop dangereux – les pêcheurs sortent de jour et la « criée » a lieu plutôt l’après midi. Les légumes sont disponibles à toute heure, les femmes viennent en fin de journée aussi exposer les moules – décortiquées – qu’elles ont ramassées à marée basse.
Nous faisons le tour de la ville. Dès notre arrivée nous avons vu une partie des ravages causés par l’oued cet hiver, en même temps qu’à Gelmine on déplorait 23 morts, ici les dégâts ont été principalement matériels, mais considérables. Nous en parlons avec une jeune femme qui nous explique qu’elle n’a pas ouvert son restau cette année ; les vacanciers sont rares, les campings dévastés ne permettent pas les longs séjours, elle a perdu 18 moutons lors de la crue (elle habite en ville basse, le long de l’avenida de la playa) mais a pu sauver les chevaux. La nuit de l’inondaton,elle a cru un moment que le barrage avait « pété », mais ce n’était que l’accumulation des eaux dans la vallée-vers la mer. L’oued retrouve toujours son chemin, dit-elle.
Si la couche de boue brune a été écartée de la route, si la circulation a été rétablie, les problèmes ne sont pas résolus pour autant : le pont emporté n‘a pas été reconstruit, les égouts ne fonctionnent plus (l’odeur persistante qui noie le bas de la ville en témoigne) et deux des trois campings qui bordaient l’oued sont désaffectés, alors que le dernier, el barco, où nous logeons, est à moitié vide contrairement à l’habitude.
Une année pénible sera vite passée, même si des emplois ont été supprimés, même si les recettes ne permettront pas de couvrir les investissements, mais qu’en sera-t-il quand les espaces envahis par l’oued seront de nouveau occupés, si les orages se renouvellent, si l’entretien des passages dans la vallée n’est pas mieux conduit, si la marée empêche de nouveau l’évacuation des grandes eaux vers le large ?
Quand on manque de prise sur un plan général de protection des infrastructures, que faire d’autre que de se remettre au travail et d’espérer le mieux, inch’alla ?

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