Archive for janvier, 2017

Pongal

lundi, janvier 16th, 2017

Contrairement au Kerala où la religion hindoue est assez discrète (du moins quand on se tient hors de portée des temples et qu’on ne croise pas un cortège festif), le Tamil Nadu, pour ce que j’en vois, est plus marqué de tradition.

Le chauffeur de taxi qui nous a conduits depuis l’aéroport disait moins de 10 % de chrétiens, un quart peut-être de musulmans, et plus de 70 % hindous, avec des variations sur l’intensité de la pratique et dans la répartition géographique.

Les chrétiens y sont très peu présents (peut-être plus à Pondichéry, influence française oblige, on verra dans quelques jours ?), les musulmans plutôt discrets. Pas de sonnerie de cloches ni d’appel à la prière depuis les minarets, comme à Trivandrum. Ce qui laisse une grande place aux manifestations votives de la religion dominante, même en dehors des temples. Le bouddhisme semble invisible s’il existe ici.

Je n’avais pas remarqué l’an dernier la tradition du perçage de l’oreille, rite Hindou dont la pratique semble générale ici chez les garçons. Moins que dans un but esthétique, c’est le sens spirituel (ou religieux ? ou encore  physiologique, pourrait-on dire) qui domine : la pression exercée de façon continue sur le lobe de l’oreille augmenterait les capacités de mémorisation des enfants, donc très important pour les études, et surtout pour les garçons, bien sûr.

Le déroulement d’une fête religieuse est bien sur l’occasion de manifestations plus voyantes. Les traditionalistes s’affichent plus, dans leurs vêtements de fête et leurs manifestations de piété: prières, bains, costumes, bonnes actions. Mais on se rend vite compte que l’ensemble de la population (et je n’oserais pas dire que les adeptes d’autres religions fassent totalement exception) pratiquent certains de ces rites.

Pongal est un peu notre nouvel an. Les gens se saluent en se souhaitant (et surtout en nous souhaitant à nous aussi) « Happy Pongal ». C’est l’occasion d’offrir des cadeaux aux enfants, les familles se réunissent puisque que l’activité économique est suspendue pour 4 jours, les gens voyagent, les bus sont bourrés à craquer, les belles voitures neuves sortent et encombrent les rues encore plus que d’habitude, si c’est possible. Les petits marchands débitent des tonnes de nourriture, fritures, riz, fruits de toutes sortes débités en portions. On voit se multiplier les vendeurs de colliers, de mirlitons, de tambours, toutes ces choses inutiles qu’on offre quand on ne sait pas ce qui fera vraiment plaisir.

Les bains publics ne désemplissent pas même après la tombée de la nuit. Dans cette atmosphère habituellement si neutre au niveau des odeurs, les after shave se remarquent plus. Chacun sort les vêtements les plus chics, les fillettes sont habillées de robes rutilantes, soie (artificielle), paillettes, couleurs vives.

Pour quelques heures, les soucis quotidiens et les difficultés de la vue sont effacés, chants, danses, et les fabuleuses décorations à la craie devant les portes, les kolam, aujourd’hui en l’honneur de la vache.

Mamalaapuram

dimanche, janvier 15th, 2017

En quelques jours, l’Inde m’a repris avec son rythme de vie tout à la fois paisible et trépidant.

Une fois assimilé le décalage horaire, une fois pris mes marques dans les contingences quotidiennes, je contemple cette population active et bruyante. La circulation est toujours aussi chaotique, le principe de rouler à gauche cède le pas à celui de « passe où il y a de la place pour ton véhicule » et « s’il n’y a pas de place, klaxonne (HORN) »

Les petits marchands dans la rue des touristes nous abordent avec si possible un mot de notre langue, insistant – pas trop – pour placer les tissus, colliers de perle ou pierre sculptées, et si ça ne marche pas, demain peut-être ?

Mamalaapuram est un petit village (12000 habitants) dans le voisinage de Chennai (Madras). Cet hiver un cyclone est passé, les bords de mer ont souffert. 20 jours sans eau, sans nourriture, sans électricité. Les gens ont survécu de leur mieux, et la reconstruction des maisons dévastées va bon train.

Sans le savoir nous sommes arrivés pour une période exceptionnelle : ce week-end, de pleine lune a lieu le festival Pongal, la fête des moissons. On récolte le riz en décembre ici. Des rites hindous se déroulent près des temples, une foule vêtue de rouge plonge dans la mer, et la nuit à 2 heures, se met en route avec des lanternes et des concerts de tambours.

Normalement le tourisme « blanc » mais aussi indien, fait vivre bien cette bourgade perdue sur la côte est de la péninsule indienne, face au golfe du Bengale. Mais ce week-end, c’est l’afflux des dévots vêtus de rouge qui embrase les rues, et même la plage ce soir nous a-t-on prévenus. La nuit passée, c’était les cortèges accompagnés de tambours qui ont lancé les festivités vers 2 heures de la nuit, accompagnés des hurlements des chiens dérangés par le vacarme !

Plus qu’au Kerala nous remarquons les hindous pieux. Les autres religions se font discrètes : quelques véhicules peints de « Massa Allah » ou de « Jesus », surtout des commerçants qui recherchent une protection dans leur dangereux métier de transporteurs. Ici (fête oblige sans doute), chaque maison arbore devant la porte un dessin coloré de bienvenue et de bénédiction, tout un art éphémère tracé à la craie à même la rue, foulé aux pieds par les passants et plusieurs fois reconstitué.

Il y a aussi les petits autels ornés de fleurs et de lampes à huile allumées dès la tombée du jour, que ce soit dans une « chapelle » existante dans le mur, construite avec la maison en l’honneur de Ganesh, ou bien au pied des marches de la porte d’entrée, ou plus rarement, un arbre , un banian, qui pousse à travers le béton, entouré de faïences colorées, comme à l’entrée de notre guest house.

Assis sur la terrasse, tourné vers le soleil, je vois un bateau de pêcheurs qui rentre au « port », tournée épuisante sans doute, mais qui permet de vivre, la pêche côtière donne encore un peu de poisson, tous les restaus de la rue en offrent au menu. Et même s’il y a trop de bateaux, beaucoup de monde survit grâce à eux. Nous logeons dans le quartier qu’on appelle « fisherman colony ».

Mahabalipuram, la ville du grand sacrifice, autre nom du village, était il y a plus de mille ans une capitale prospère. Les rois de l’époque ont fait sculpter de curieux temples à même la roche. Bien que les siècles aient un peu attaqué les bas-reliefs, il reste encore assez pour justifier une inscription aux monument historiques.